07.02.2008

le coeur à vif dans la braise du monde

L'expérience évolutive est si infusée dans le Réel
qu'elle se vit aussi bien dans les vastes macro-changements mondiaux
que dans la modestie et la moelle de nos combats quotidiens.

C'est pourquoi nos petites conquêtes humbles et têtues sur les réactions,
les plissures, les résistances et nos attentes illusoires sont précieuses.

Pour chacun et pour tous, car elles participent intensément au nouvel ordonnancement du monde.

Les difficultés sont nombreuses.
L'autonomie et la liberté ne sont pas acquis d'office, loin s'en faut.

Un lent rabotage d'expériences et de désillusions est souvent nécessaire.
Pour enlever toutes ces cuirasses et toutes ces pelures.
Pour dégonfler ces baudruches, ces projections, ces théâtres d'ombre
qui nous servent à cacher nos peurs.

Mais qui réapparaissent comme un traitre psoriasis
tant que le terrain n'est pas équilibré.

Il faut descendre dans nos marais reptiliens,
et réintégrer toutes nos humanités honteuses et bannies.
On évitera ainsi de s'imaginer dans la robe immaculée des purs...

Il faudra emboiter le pas du petit poucet et retrouver le chemin des contes.
Et re-fréquenter les forêts ombreuses de nos enfances,
pour déminer ces noyaux primaires et douloureux qui ont vrillé notre relation à l'Amour.

En nous laissant le coeur à vif dans la braise du monde.

Et qui nous inscrivent dans la quête anxieuse, addictive et tourmentée des compensations.
Et qui nous poussent vers les autres pour l'ivresse d'une relation immanente...et illusoire.
Et qui nous enkystent dans un noyau mâle et fébrile de pouvoir et de sécurité.

Et qui piègent nos mots, notre langage et donc nos relations avec des tics parasites et des mines explosives.
Des tiques qu'il faut presque retirer un à un, en prenant garde à ne pas laisser la tête à l'intérieur !

Et il en est ainsi de cercles en cercles sur la spirale...de la maturation.
Comme un ouvrage de tricot dont il faut enfiler toute les mailles.

Car il s'agit d'une maturation lente, biologique, naturelle, modeste,
et non pas d'états intérieurs exaltés et provisoires !

C'est une décantation artisanale.
Un miel butiné dans les alvéoles du quotidien.

Chacun doit faire son vin dans son propre tonneau.
En épousant l'intériorité du temps.
Le temps qui bonifie et patine.
Celui qui fait luire la matière de son éclat intérieur.

C'est un chemin sur la voie de l'incertitude et de la vulnérabilité.
Les gloires illusoires, les puissances fascinantes, les lumières flashies des néons spirituels ne sont plus pour nous. Nous savons qu'elles nous attirent pour brûler notre discernement.
Et nous dépouiller de notre bon sens.
Pour pour nous transformer en zombis de nous-mêmes et en disciples de leur expérience.

Nous avons donné, merci. Nous avons perdu ce qu'il y avait à perdre.
Il nous reste ce qui reste quand nous avons tout perdu.
Il nous reste ce qui doit rester au pèlerin en chemin.

C'est un chemin humble et fragile de Force et de Lumière.
Qui s'éclaire de la simplicité logique et naturelle de l'Evidence.

Et qui voit, enfin, par l'évidement des choses,
dans la chréode du temps qui pulse depuis la nuit des mondes,
l'extraordinairement ébrouement de la Conscience en marche,
en soi, en l'autre, en tous, partout.

Sans rien exclure de Son Amour.