29.03.2008
La trame est en tous
Pendant une quinzaine d'années de voyages sur cette planète, portant dans ma besace souvent légère les ouvrages de Sri Aurobindo et Satprem, je me suis plongé dans la matière femelle et pimentée du réel. A bien me raper la couenne contre la rugosité du monde.
Après tous ces ans et ces mois de voyages continus, de séjours dans des ashrams en Inde et des zaouias soufis d'Egypte et d'Afrique, après avoir passé des années à m'alléger de tout, à contempler, méditer, à caracoler en dromadaire avec mes amis touaregs du Niger. A fréquenter les bas-fonds, la vie nocturne des joueurs, des artistes, des aventuriers et des amies prostituées, j'ai décidé de rentrer en France. Ni désabusé, ni fatigué, ni blasé, mais formidablement motivé.
Il n'y avais plus pour moi de Nord et de Sud, de pays riches et de pays pauvres, d'occident coupable et de tiers monde victimisé. Mais bien un seul continuum-monde, maillé dans une histoire commune.
Je me souviens de certains soirs dans un campement touareg perdu dans la solitude du désert nigérien. Les étoiles à portée de main et l'air embaumé par les fumées caramélisées du thé vert cuisant sur un feu coincé entre trois pierres. Dans ce monde antédiluvien de roches, de sable et de canyons, loin de tout, avec quelques amis trafiquants, je réalisais pourtant ce que l'illusion de la géographie et du temps cachait si bien dans ce paysage et cet instant : tout est là, de tout temps, à chaque instant.
La ruche du monde bruisse de son omniprésence consciente en tous les points de sa trame. Les foules du métro de New-York, les passagers des ferrys du Havre, les rues glauques de Macao, et l'écume fraiche du rire de Paquita qui déhanche sa danse sur la plage de Copacabana, tout ça se tient dans le dé à coudre de cet instant. Sans oublier tous les services des urgences, et l'ambulance bourrée de bombes qui fonce vers le checkpoint à Gaza.
J'ai retrouvé cette impression avec de plus en plus de fréquence, chez les Awanas, peuple pêcheur du Ghana chez lequel je passais plusieurs mois d'une vie néolithique, casé dans une petite case, vivant au bord du fleuve, loin de tout, sans papier, sans argent. Là encore je me suis trouvé saisi par cette extraordinaire sensation du continuum-monde, de sa formidable unité, compacte, puissante, consciente. En tous ses points. Dans toutes mes fibres.
C'est une des raisons majeures qui m'a poussé à rentrer dans notre belle prairie hexagonale.
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Agir, faire, créer, produire, matérialiser, incarner... ces mots devenaient comme un mantra. C'est de cette énergie qu'est né, entre autres le Projet Savitri.
Car il y a aussi l'Orange Bleue.
Et dernièrement une convergence se dessine.
Depuis 6 années en effet nous travaillons à développer cette petite organisation de solidarité internationale qui oeuvre en Afrique de l'Ouest.
Nous avons réussi un tour de force : créer une filière de commerce équitable avec une céréale sacrée africaine, le fonio, et plusieurs centaines de paysans africains d'une région reculée du Burkina Faso. Cette céréale est en vente désormais dans les boutiques bio de France et de Belgique. Cette vente soutient des actions de restauration écologiques des terroirs, d'appui à la scolarisation des enfants, et permet de changer la vie de centaines de personnes et d'enfants.
Mais bon, cela ne serait que cela. Des initiatives il y en a beaucoup.
Et ce serait en soi très vertueux, puisque nous avons même le parrainage de Pierre Rabhi.
Mais était-ce là seulement notre but ?
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Et puis pourquoi en Afrique ? Je comptais retourner à Auroville après avoir effectué une formation professionnelle agricole...
J'ai progressivement compris cette ellipse, ce contournement. Auroville est partout. L'Afrique ne dois pas rester à la marge de l'émergence de la nouvelle conscience. Elle en est aussi un des épicentres.
Elle l'a été dans la préhistoire, car l'homme y est né et tous nos gènes nous renvoient à nos origines africaines. Le sillon de l'histoire et de la conscience universelle est passé par l'Egypte et dans les empires médiévaux africains qui ont apporté leur tribut méconnu à la civilisation universelle.
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Depuis quelques mois cette impression de convergence s'intensifie. Et nous travaillons à présent sur la base d'une approche et d'une méthodologie intégrative inspirée par Sri Aurobindo, et en phase avec différentes initiatives développées à Auroville avec les villages tamouls. Nous allons tirer ce fil depuis cette Afrique, et relier cette initiative à toutes celles qui champignonnent partout.
Car le chantier est partout. La trame est en tous. Elle passe aussi par l'Afrique. Nous avons posé ce premier jalon de conscience et d'aspiration, avec tous nos amis. Ce cercle, créé dans un petit village, autour d'un superbe karité, près de Nouna au Burkina faso, le matérialise.
Pour en savoir plus sur le projet, voir le site : www.fonio-bio.com

Le cercle de la Fraternité, pôle énergétique autour d'un beau karité
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18.03.2008
Un rêve sur Mère et le nouveau monde
Il y a quelques jours j'ai de nouveau rêvé de Mère.
Nous étions un groupe assez important dans une sorte de passage entre plusieurs mondes. Nous étions tous rassemblés dans une petite pièce suspendue dans l'espace infini. Une pièce blanche moirée de bleu dont les murs dégageaient une lumière très douce. Nous semblions tous très à l'aise et complices.
Il y avait deux ouvertures dans cette pièce. Une ouvrant directement dans l'espace vide constellé d'étoiles.
Et une autre qui donnait accès à un couloir dont on ne distinguait pas le bout.
Je me suis engagé dans le couloir. Pour réaliser en avançant que les murs étaient vivants. Comme si je me trouvais dans un énorme boyau !
Tout s'est mis à tourbillonner et un gigantesque personnage,
un être de pouvoir impressionnant - à mi-chemin entre le génie d'Aladin et
et l'avatar mi-homme mi-lion de Vishnou, le fameux Narasimhadev,
m'est apparu, poussant un énorme rire !
Il projette alors de ses mains un immense filet
d'où surgissent des paysages, des mondes, des foules affairées,
des villes illuminées...
- " Tu vois, me dit-il, je peux en faire apparaitre autant que je veux !"
Soudain son filet se projette dans ma direction.
Je sens un danger et une emprise, et m'enfuis en courant de toutes mes forces.
Ma course est échevelée, d'autant que je sens que le sol fuit sous mes pieds.
Je comprends qu'il maitrise même le sol sur lequel je cavale !
Enfin, miraculeusement - car là j'ai un blanc ! - je me retrouve dans la pièce avec notre petit groupe du début. Soulagé. Mais édifié de cette puissance extraordinaire et du pouvoir fantastique de ce personnage.
Je me souviens d'avoir utilisé alors le mot "fascinant".
Une petite dame d'un certain âge prenait soin de nous.
Elle nous appelait chacun notre tour, nous encourageait,
"exactement comme notre grand-mère" me dis-je alors.
Nous avions besoin d'encouragement en effet.
car nous devions passer par l'autre porte.
Et plonger dans l'infini.
Comme ça. Tout naturellement.
"C'est là qu'il faut aller, nous disait-elle. Il faut plonger dans le nouveau monde !
Cette porte, c'est l'expérience de Sri Aurobindo !"
J'ai plongé de tout mon coeur et de tout mon être !
Ce qui m'a réveillé !
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C'est un rêve que j'ai porté quelques jours avant de le partager tant je le trouve riche et émouvant.
Il m'a questionné et interpellé. Et s'est ravivé en moi à diverses reprises. Voilà !
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17.03.2008
J'ai marché sur la braise
Pendant des années j'ai porté mon coeur palpitant sur la main, avec une aspiration évolutive pugnace.
J'ai chanté mes mantras en rentrant du Lycée, avec le Carnet de Pèlerinage de Ramdas dans ma poche.
J'ai plongé dans la ferveur de Ramakrishna, en veillant certaines nuits avec lui au pieds de la grande Déesse.
Avec Evdokimov et Olivier Clément j'ai cherché le regard de lumière de Séraphin de Sarov.
J'ai baigné mon coeur dans la mer du Mathnavi de Rûmi.
Un tournant radical s'est amorcé quand j'ai marché sur la braise des livres de Satprem et plongé en apné dans l'Agenda de Mère.
J'en suis ressorti tellement retourné, encore adolescent, que je n'ai exercé aucune profession fixe, trop tendu vers les possibles et toutes les synchronicités. J'ai voyagé, comme un pèlerin, refusant toutes les drogues, tous "les avantages acquis", sur plusieurs continents pendant plus de vingt ans.
Oui, j'ai rencontré de beaux moments, uniques, estampillés de beauté sacrale.
Mais j'ai aussi rencontré le monde avec tous mes yeux ouverts.
Je me suis rencontré moi-même.
Mon double céleste bien sûr, dans mes rêves, dans mes méditations,
dans la dentelle quotidienne des synchronicités et des rencontres.
Mais j'ai aussi rencontré ce fameux égo, ce crocodile insubmersible,
toujours prêt à sauter sur le moindre poulet conflictuel !
J'ai découvert que l'on ne s'en débarrassait pas de l'égo sans prendre le risque de la haine de soi.
Que l'on ne s'en débarrassait pas avec les méditations de Kundalini d'Osho,
ni par les l'écoute des discours de Tolle,
ni par la lecture de Krishnamurti, ni par les enseignements de l'Advaita, du Zazen...
Ni par l'expérience de Mère ou de Satprem.
Ni par la prière, ni par l'illumination.
Car on ne peut pas faire l'économie de son histoire, de son épaisseur de vie,
de ses émotions et de ses fragilités.
Et il est dangereux pour soi et pour les autres d'ignorer que c'est dans ce creuset que l'on doit d'abord travailler, et jardiner nos êtres.
Avec l'amour de soi nécessaire, et que l'on a souvent tant de mal à se donner.
Il s'est trouvé que j'ai partagé du temps et "du service" avec certains gourous contemporains notoires.
J'ai trouvé en eux des experts à produire des disciples serviables.
Mais pas des pédagogues qui inciteraient les personnes à devenir des êtres matures, autonomes et évolués.
J'ai partagé des voies dévotionnelles et fréquenté des églises de plusieurs continents.
J'ai accepté de laisser le mental de coté, d'ouvrir complètement mon coeur, de croire au pouvoir de la prière.
Mais chaque fois j'ai été renvoyé avec force dans le filet du Réel.
Avec en face de moi, cet autre moi humanimal.
Vivant de tous ses naseaux, mal aimé, colérique, et présent comme une piqure de taon.
Je dois aux échecs relationnels d'avec mes ex-compagnes,
à mon histoire familiale et mon enfance douloureuse,
à des aspects de ma vie marqués par l'immaturité et l'irresponsabilité,
je dois à tout cela les enseignement les plus puissants et les plus lucides qui soient.
Sans se ré-habiter soi-même,
sans se réhabiliter en profondeur,
se reconnaitre et s'aimer,
sans procéder a l'attentif déminage de sa relation à soi et à l'autre,
dans la modestie du réel et du quotidien,
dans l'artisanat modeste de l'évidence et du bon sens,
on finit par se retrouver dans la dépendance et l'immaturité spirituelle.
On pense pouvoir court-circuiter le réel, et prendre des chemins buissonniers.
On devient en fait le jeu de tous les offreurs de bien-être.
On retourne à l'addiction du petit tourniquet des nouveautés et des réponses toutes faites:
channeliseurs,
promoteurs de l'amour universel,
recycleurs des thèmes théosophiques,
et ré-inventeurs de nouvelles méthodes...
Sans le labour de fond, sans retourner le sillon de son histoire,
en relevant les pierres cachées, en dégageant les obstacles un à un,
sans déraciner les vieilles souches qui obturent la voie,
on est condamner à retourner au tourniquet des nouveaux sauveurs.
Il faut, je le crois vraiment, un équilibre de lucidité et de présence,
et une modestie de coeur, pour être bien debout dans notre ingénuité vivante.
Et avancer dans la clairière des incertitudes et de l'inattendu
sans projeter nos visions et nos attentes.
C'est pourquoi je me suis réconcilier avec l'égo, ce bonhomme,
qui devient même généreux si on lui redonne son sens et sa vérité.
Il devient alors un serviteur.
Et notre être psychique peut s'asseoir sur l'épaule de ce brave et indispensable sherpa.
Pour avancer plus vite sur le chemin qui nous attend avec impatience.
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05.03.2008
Vers la matière consciente...
Communiquer avec les plantes, cela n'étonne plus.
Mais vous imaginez-vous communiquer avec votre voiture ou votre ordinateur ?
Avec les formes matérielles de votre environnement ?
Nous le faisons souvent inconsciemment.
J'aime le faire consciemment.
Je le fais même délibérément, car je vis l'expérience
d'une porosité progressive des matériaux à la conscience.
Car si la Conscience est dans la matière,
et si la Conscience évolue dans la matière,
elle évolue dans tous les champs du monde matériel.
Notre pratique d'activation de la conscience doit s'élargir à tout notre environnement,
et pulser le mantra dans toute la matière en évolution qui nous entoure.
En embrassant, dans notre aspiration évolutive,
toute la trame vivante du monde dans toutes ses composantes, même celles que l'on dit "artificielles".
Sri Aurobindo formulait les bases de cette vision intégrative dans la "subjectivisation" croissante de la réalité
qu'il pose dans le Cycle Humain.
Il dessine également dans "The Divine Life" les lignes ascendantes du réel vers la Réalité Gnostique Unifiée.
L'assomption de la conscience est universelle et concerne tous les niveaux de la réalité : des virus adaptatifs à nos tissus cellulaires, des matériaux nouveaux aux mutations des mégapoles urbaines, de l'émergence des réalités augmentées à la contagion des hyper-individuations...Non seulement tout le champs du Réel est concerné, mais il l'est dans une dynamique de plus en plus convergente.
Il est curieux que ceux qui défendent la thèse d'un monde unifié et conscient excluent d'office les univers artificiels et technologiques. Qui n'ont d'artificiels que le nom puisque ce sont des technologies de "réplication créative" qui ergonomisent et adaptent sur le plan humain des processus souvent développés biologiquement par l'évolution.
La nature nous a offert des millions de modèles d'un génie créatif époustouflant, et notre travail consiste, en s'inspirant de ces trames, à créer de nouvelles modélisations conscientes, à générer des yantras technologiques capteurs d'une conscience en croissance. Ces nouvelles modélisations s'actualisent dans notre corps conscient et dans tout notre environnement dans un continuum unifié. Mère parlait de la plasticité nécessaire pour la nouvelle conscience. Cette plasticité est en train d'advenir par tous les pores du monde.
Depuis quelques années, on assiste à l'avènement tout à fait remarquable d'interfaces inédites et des possibilités d'interactions sensorielles extraordinaires avec ces matières évoluées que nous appelons les machines.
Prenons conscience que ces soi-disantes machines ont évolué. Des lourds brontosaures mécaniques à vapeurs nous sommes passés à des modélisations aérodynamiques fluides qui épousent nos ergonomies psychiques, avec de moins en moins de pollutions et de plus en plus d'intégration dans notre hyper-environnement.
Sans doute envisagerons-nous bientôt une écologie des nouveaux matériaux...Une méta-écologie de la conscience est à faire advenir !
Il est fort intéressant de constater que ces interactions psychosensorielles sont en incubation dans les jeunes cerveaux décomplexés des centaines de milliers de jeunes chercheurs des multinationales du divertissement et d'internet. Ces derniers vivent déjà dans une noosphère de créativité empathique et ludique, qui constitue le meilleur environnement pour l'éclosion des idées et de l'innovation.
Nous attendions la spiritualité du futur dans les ashrams et les centres spirituels.
Elle se développe partout, dans la friche pathétique de notre quotidien univers.
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03.03.2008
Un cétacé de lumière
Le projet Savitri, comme un cétacé de lumière, a traversé nos êtres en surgissant des grands fonds du temps. Il nous a incité à ouvrir bien grands toutes nos fibres, tous nos capteurs intérieurs. Depuis que nous l'avons dis avec les mots émus de notre impatience, tout a bougé vers des clartés inattendues.
Grâce à Pascal, à Andrée, à Juana, à Michel, à Sandrine, à Christophe, à Xavier...et d'autres encore...nous entendons mieux le carillon de cette Divine Heure qui sonne en chacun de nous. En conjoignant le puzzle de nos aspirations complémentaires, en reliant le feu de nos quêtes, c'est l'Expérience qui peut battre son pouls enfin, au coeur de ce monde que nous habitons les yeux ouverts...
Nous ne pensons plus à un éco-village ou un lieu collectif, mais à un lieu d'intensification et de travail. Quelques-uns pourront animer cet endroit, consacré à l'activation évolutive, aux publications, aux rencontres régulières. Un lieu d'intensification disions-nous, mais aussi de reliance, d'échange et d'ouvertures. Avec Auroville, d'autres lieux, et ouvert à d'autres passeurs qui épaulent la Shakti dans son oeuvre d'Avènement.
Car c'est une coalition inédite qu'il faut fourbir, une rosace de diversité à faire éclore, libre et souveraine, à l'écoute de ce qui vient, sans se clore dans un super égo d'expérience, qui devient rapidement une inversion et une caricature.
C'est pourquoi Amis de la toile et du coeur, faisons en sorte de fréquenter cette Voie des Voies, toute solaire d'audaces souveraines, mais éclairée d'un amour humble, qui a toujours été celle des éclaireurs du Grand Sens.
23:40 Publié dans Notre Chréode | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.02.2008
La couvaison d'or
La couvaison d'or supramentale est faite du compost de notre histoire.
Les futures vigueurs naitront avec les jarrets terriens de notre espèce.
Il est temps d'y aller.
D'enfoncer la vrille de notre conscience dans la douleur millénaire
qui hante nos mémoires.
Non pas pour souffrir.
Cela ne servirait à rien d'autre que de nous conjoindre à l'infinie procession des victimes.
Mais y aller vaillant.
Pour guérir, pour aimer, pour prendre dans nos bras,
dans tous nos bras aimants, tous ceux qui sont emmurés dans la mort.
Dans la mort de notre oubli. De notre déni.
Guérir la Mort c'est d'abord ouvrir sa Bastille.
Et en libérer tous les prisonniers de notre aveuglement.
Car l'aspiration à la Lumière ne nous concerne pas seulement.
Vous, moi, nous.
Ce serait trop facile.
Il y a tous les autres, chairs de nos chairs.
Prisonniers derrière les barreaux de notre oubli.
Il m'est arrivé de rêver des camps de la mort.
Je tenais la main d'un vieil homme, éminent conférencier de la Société Théosophique.
Il savait, en montant dans le train,
que nous entrions dans la bouche de l'innommable.
J'y suis entré avec lui.
Il m'a dit alors : si tu survis petit, rappelle toi de nous !
Vivre dans le présent, c'est être dans la Présence.
De tous ceux, bannis, humiliés, déchirés,
éviscérés, violés les yeux ouverts,
qui nous abjurent de restaurer leur humanité.
De tenter l'assomption de notre humanité,
mais aussi de leur humanité,
vers un autre Possible.
Et de ne plus les laisser enfermés dans le sort inhumain
qui a dévoré leurs entrailles.
Car tous ces vivants d'alors et ces morts ne sont pas dans le passé.
Ils sont lovés dans le creux vertigineux du présent.
Et leur appel se reproduit, partout et continument dans nos mémoires et nos chairs.
Leur cris résonnent dans la chair à vif de tous les nôtres
qui crient dans tous les Darfour,
dans les autocars de Srebrenica,
dans la voix de Ilan Halimi,
et de tant d'autres qui n'ont pour épitaphe
que la chronique laconique du fait divers local.
Dans ma mémoire globale les souvenirs se confondent et se mêlent.
On ne peut se démêler de notre histoire qu'en se mêlant à elle.
En plongeant plus profond dans la Matrice insondable
qui a enfanté ce présent.
Il n'est pas anodin qu'aujourd'hui toutes les mémoires se rappellent à nous.
Il n'est pas anodin que toutes les victimes quittent leurs buchers,
leurs caveaux, leurs nuits, leur inexistence pour
s'inviter dans le noyau de notre fébrile présent.
Ils viennent en nous
pour porter dans le creuset
de notre commune paume ouverte,
dans la feuille nervurée de sang
de notre humble prière,
l'ultime mantra de braise et d'amour.
J'aime ainsi allumer certains soirs,
les lundis en particuliers,
une petite bougie.
Au nom de tous les vivants et tous les soi-disant morts.
Pour dire que nous continuons, pugnaces, formidables et fragiles,
à porter le flambeau du Vivant qui advient.
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01.01.2008
Une vision
Je rentrais de Madagascar dans un avion de ligne de la compagnie nationale de ce beau pays.
Tout imprégné encore de cette terre tellurique et première, ancienne portion du continent disparu Gondwana, je m'en retournais en France, au retour d'une mission de consultant qui m'avait fait connaitre les forêts primaires et leurs habitants.
Comme souvent j'occupais activement mon temps d'immobilité aérienne avec le mantra de Mère. J'aime porter la radiance de ce mantra partout, dans les endroits les plus incongrus. Le murmurer et le scander dans cet avion, si haut dans l'atmosphère, me donnait l'impression d'approcher plus près, plus proche...de cette pulsation évolutive qui bat le rythme de nos coeurs et irise de pulsations multicolores les électro-encéphalogrammes...
Comme souvent en avion, je m'imaginais ce qu'auraient pensé les yogis il y a un millénaire, en nous voyant dans ce salon aérien...Je leur rends chaque fois hommage, comme aux humanistes, aux pionniers de notre évolution collective, à tous ceux qui ont fait reculer les frontières de nos limitations et de nos préjugés. Ces hommages en haute altitude me semble être particuliers et j'y consacre un toujours un moment important du vol.
Mais cette nuit là, car le voyage dure onze heures et donc toute la nuit, les choses ont pris un tour inhabituel.
Un rideau est comme tombé. Et une vision s'est imposée à mon regard intérieur. J'ai vu face à moi, en hauteur, Sri Aurobindo et Mère, assis côte à côte. Pas une vision lointaine, mais une vision de présence, là, tout près. J'ai été saisi par une émotion, par la vision bien sur, mais surtout par les informations rapides qui pénétraient ma conscience : il est temps ! Il faut agir, petit ! Il est temps !
J'inclinais ma tête en expression d'hommage, avec l'impression de la poser à leurs pieds, sur un édredon de pétales de roses de bien-être et de plénitude.
Je ressentais si vivement leur présence que je me mis rapidement à pleurer. Et à pleurer longtemps avec une série d'impressions vives et rapides : le travail a été fait, nous avons tout consacré, il faut continuer, consacre ta vie, rejoins-nous...la transformation est en cours partout, nous l'avons accéléré et y travaillons encore, mais vous devez aussi activer le travail avec nous, il est temps, il faut agir petit ! Dans le même temps j'avais l'impression qu'ils étaient tout proche, dans un physique subtil presque mitoyen à notre réalité, l'infusant de sa présence et des champs de forces et de formes du monde à venir.
Lorsque tout cela s'estompa, après une trentaine de minutes d'émotion et de vision, de larmes, de surrender, d'offrandes, de décisions, je me retrouvais dans l'atmostphère confinée de l'avion. Avec dans le coeur, l'engagement décisif pour agir et m'activer dans l'accélération des processus de transformation.
C'est dans cette expérience que prend sa source le Projet Savitri.
Je n'ai pas un tempérament à me nourrir de visions, et je considère cette dernière comme un contact avec une des nombreuses émanations spirituelles de Sri Aurobindo et Mère. Elle s'est ensuite répétée à trois reprises, avec ce sentiment si intense de présence et d'urgence.
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