11.10.2008

l'Arbre matinal

J'ouvre enfin le poitrail noueux de mon arbre !
Quel bonheur d’exposer au soleil
son écorce et ses mousses !
De sentir la lente vrille des racines
pousser dans l’odorant terreau du vivant.

J’écoute la rumeur des sèves pulser le mantra de feu
tout au long du tronc vertébral.
Celui qui empourpre la nudité des aurores
Et fait éclore les fleurs de mes offrandes.

Puis survient la montée vers les feuillages pailletés d'or
Dans l'intensité bruissante des couvaisons créatrices.
Là ou le temps s'absente du Présent.

Aurores conscientes

Les pratiques spirituelles du petit matin sont savoureuses comme des pastèques.
Elles nous font l’intérieur comme un jardin frais, aromatique, accueillant pour le Jour qui s’annonce.
Les prières s’envolent comme les oies sauvages qui filent d’un vol uni vers le soleil.
Puis elles reviennent en fine neige d’or tout au long du jour.
Et nous surprennent dans les embouteillages.

07.10.2008

La tapasya

J'ai fait partie de ceux qui ont cru à un certain anarchisme spirituel.

Qui ont considéré que le "carcan" des pratiques et des obligations s'accommodait mal de la dynamique de liberté et d'authenticité que j'associais à la spiritualité.

J'étais partisan d'un Gai Savoir spirituel, non contraint, naturel et spontané.

Je trouvais ça et là, chez tel penseur rebelle à la mèche juvénile, chez tel autre perclu dans sa fierté solitaire, ou dans les exemples extrêmes incarnés par les sadhus fumeurs de bang, dans les frasques de Milarepa, dans les désordres de tous les sens pratiqués par les artistes, les poètes et les chamans, dans les maximes paradoxales des taoistes, bref, je trouvais à mon aise une dense matière à satisfaire et justifier mon principe de spiritualité libertaire.

Cette période arrive à son terme, et j'en suis soulagé. Je réalise combien cette étape souvent nécessaire peut nous faire tourner en rond.

Il reste que ce nomadisme spirituel dont la posture romantique reste à la mode, est extrêmement enrichissant.
Il nous permet un affranchissement des contraintes culpabilisantes héritées de notre fond religieux sémitique.
Il nous ouvre aux autres cultures, aux autres ontologies, et décloisonne notre esprit.
Il nous investi d'un sentiment spirituel personnalisé.

Mais il peut se transformer à la longue en une errance addictive pleine d'amertume et de prétention.

Comme ces aventuriers qui furent ivres de liberté que l'on rencontre en Afrique, et qui ont fini par échouer dans un lamentable taudis, dans l'ivresse alcoolisée de leurs souvenirs qui n'intéressent plus personne.

Car cette spiritualité libertaire dont je reconnais l'intérêt comme une étape provisoire et herméneutique devient rapidement narcissique. On réalise au bout de quelques années ou quelques décennies qu'elle constitue un noyau de complaisances, de compromis, d'arrangements égotiques. Son panache spirituel est bien artificiel, et s'écrase lamentablement le nez dans la vie quotidienne traversée de colères, d'immaturités, et contradictions insurmontables.

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J'ai réalisé finalement que nous avons besoin d'un cadre de pratiques, et d'une dynamique cohérente d'efforts soutenus et continus.

Je crois qu'il faut vraiment le réaliser, au sens spirituel du mot. Pour comprendre que la spontaneité spirituelle s'éveille mieux dans un contexte organiquement cohérent. Que sa poésie illumine mieux le présent quand elle s'exerce dans un environnement propice ou tout facilite son expression.

Que le feu de l'effort, le tapas ( en sanscrit) qui s'applique alors à la Voie n'est pas contraint.

Il est naturel, spontané, car il n'y a pas d'autres choix naturel pour croître et évoluer que de mettre en cohérence sa vie autour de l'aspiration spirituelle évolutive. Manger, dormir, aimer, partager, trouver sa place, être avec les autres, s'aimer soi-même, être humble et bienveillant, créer un environnement de vie sain et propice, deviennent naturellement un cadre de pratiques et de consécration permanent.

Donc il faut créer ce cadre et cette dynamique !.
C'est à quoi nous nous attelons !

Changer nos nuits

Réalise-t-on l'inédit de la nuit ?

N'est-il pas étonnant le fait que des millions, des milliards d'être vivants suspendent toute activité consciente, se décontractent, et basculent lentement dans cette face obscure et lunaire de notre réalité que constitue le sommeil ?
Pour des heures et des heures de dérive et de lâcher-prise avant de "se réveiller" !
Quel étrange phénomène ! Qui absorbe en moyenne 24 années d'une vie !

Lors d'une période de ma vie sans domicile, j'errais certaines nuits dans le coeur de Lyon.
Je prenais conscience alors de la ritualisation collective du "coucher" qui passe quasiment inaperçu tant elle semble naturelle et commune.
Exclu du ronronnement général, je ressentais la force et l'étrangeté de cette assignation irrésistible et massive au sommeil.

Je doute que l'on mesure combien cette plongée dans les soutes du réel a pu être inquiétante pour nos prédécesseurs. Loin d'être une oasis d'heures paisibles, la nuit était le plus souvent un moment redouté. Dans ses plis se cachaient d'angoissantes terreurs : prédateurs en tous genres, voleurs, envahisseurs... abus sexuels dans des environnements de promiscuité permanente, cauchemars...

La nuit paisible est une conquête récente, et nous le réalisons si peu !

En Afrique, dans des environnements encore traditionnels peu "contaminés", on préfère toujours dormir, même lors des nuits les plus chaudes et les plus étouffantes, dans des cases et des baraquements fermés qui sont de véritables fours ! Trop de génies et de démons hantent ces heures pour oser y exposer sa vulnérabilité. Lorsque j'insistais pour dormir à la belle étoile, les villageois me regardais avec une perplexité matinée de d'inquiétude.

Freud et ses successeurs ont notoirement contribué à lever le voile sur une partie de ce continent plombé d'inconscience, en dévoilant les troubles mécanismes de compensation et le marécage des refoulements et des réactivités oniriques qui agitent nos nuits.
Les neurosciences ont mis à jour les structures nerveuses, les molécules impliquées dans le sommeil, les processus qui trament son déroulement et toutes les pathologies qui l'affectent.

Mais il reste une zone mal explorée. On sait, pour peu que l'on ait vécu, que dormir peut nous aider à résoudre certaines questions, voir à nous inspirer, et même nous prévenir de certains dangers...Les rêves sont parfois d'étranges voyages dont nous rapportons de curieux coquillages.

Ce continent invisible est pourtant le moyeu central de la roue quotidienne de notre vie.
Nous y passons plus de vingt ans sans aucune formation, dans un espace en friche.
Personne ne nous enseigne à vivre consciemment nos nuits.

La pratique spirituelle évolutive trouve donc là un espace majeur pour s'exercer.

Nous allons donc partir à l'abordage de nos nuits !
Le Projet Savitri nous aimante vers cette direction.

A partir de ce soir nous allons mettre en place le cadre pratique et lancer les opérations !

Nous partagerons tout cela au fur et à mesure...

05.10.2008

De l'incertitude comme agrément sur la Voie

"C'est à travers tout ce fatras et tout ce chaos que la Conscience de Vérité est à l'oeuvre, partout, sur tous les points de la terre à la fois, dans toutes les nations, toutes les individualités, sans préférences ni distinctions, partout où il y a une étincelle de conscience qui puisse la recevoir et la manifester." Agenda, 2 Aout 1967

Il est impressionnant de voir avec quel art prodigieux le monde est tenu sur la courbe vacillante des possibles. Tout tangue à l'horizon, et de vastes turbulences secouent notre bateau ivre et le poussent vers une étrange dérive. Toutes les amarres et les sécurités ont sauté. Même le plancher des vaches de la réalité glisse sous nos pieds. Nous voilà, inéluctablement, emportés vers d'autres horizons.

Enfin !

Il est plus que jamais temps d'ouvrir et de développer cette étincelle de conscience dont parle Mère.
L'ouvrir et l'activer dans la braise du quotidien.
Pour ce faire nous nous rendons compte à quel point il est important de centraliser toutes les parties de l'être autour de ce pivot de conscience.

Nous réalisons également combien il est fondamental d'organiser la vie quotidienne pour qu'elle soit, dans son déroulement même, comme enspiralée dans l'aspiration de la conscience évolutive.

C'est tout le sens de notre travail dans ce Projet savitri.






02.10.2008

Reprise

Enfin !
Depuis quelques semaines nous avons été engagés dans un tourbillon de changement ! Mais nous l'avons voulu, n'est-ce pas ?
Nous voilà donc en Ariège.
Les montagnes ne sont pas loin.
Les voir tous les jours épauler le paysage a quelque chose de rassurant.
Et puis j'y retrouve une évocation de cette majesté spirituelle de la nature dont parle si constamment le Coran.

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Pas mal de choses ont également changé par ailleurs..
Car ce déplacement avait aussi vocation de dégager une organisation de vie différente, plus à même de mettre en oeuvre cette consécration à laquelle nous aspirons.
En tirant le fil de ce Projet Savitri, l'aspiration évolutive que représentent pour nous Sri Aurobindo et Mère nous est devenue beaucoup plus"centrale".
On pourrait même dire qu'elle devient consubstantielle à notre vie.
Elle scande mantriquement notre temps.

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Nous avons donc opéré des aménagements plus cohérents, modifié certaines attitudes, mis en place des pratiques.
Dans la conviction que le quotidien est la clé du changement.

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Le monde global a aussi changé ces dernières semaines : nous sommes entrés dans le monde des incertitudes et des turbulences.
Les dernières amarres sautent qui nous reliaient encore aux certitudes du passé.
Et voilà notre embarcation-monde propulsée dans la grande aventure de l'univers.
Nous y sommes enfin ! Ouf !

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Le projet Savitri avance en défrichant son chemin vers l'inconnu.
Ce blog donnera l'occasion de continuer le partage.
Et peut-être, qui sait, de rencontrer l'Inattendu !