05.01.2009

Le feuilleté

Le feuilleté
Je broute lentement le pré de textes, tantôt attiré par un bouquet anthologique de renoncules sauvages, un bosquet de fleurs-concepts à mâcher, ou une patrouille bibliographique de coquelicots.

Avec un rythme sûr de camélidé je grimpe les dunes ensablées de l'histoire.

Petit à petit la vision apparaît. D'abord intuitive et floue comme un mirage.

Puis soudain, comme un mousse excité sur le mât d'une carène de flibuste, je crois voir la terre à l'horizon !

Mais il faut veiller encore près du feu des textes.

Enfin le jour arrive. Soudain je me sens capable de circuler dans les ruelles de Cordoue, de flâner dans les souks, d'aller à la mosquée.

Me voilà donc à la cour du Calife, à discuter avec les rabbins et les cadis. Je fréquente les zaouias soufis, rencontre les généraux syriens qui s'en reviennent du front Nord... Me voici dans les tavernes à croquer des galettes fourrées aux sardines, ou à trotter sur un âne pour aller visiter nos champs avec des compagnons. Je devise dans les bains, découvre les prouesses des nouvelles courtisanes franques ...Parfois je me rends au port d'Alméria rencontrer les marins pisans et vénitiens, les marchands grecs et les éthiopiennes dont on dit de si étranges choses.

D'où vient cette familiarité avec les orients d'Espagne ?

Je suis persuadé que la mémoire vivante de la réalité perdure, et que nous évoluons dans un feuilleté de réalités multiples et concomitantes.

Ce qui est advenu peut-il ne plus exister ?



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