26.10.2008

Quand la maladie s'invite...

Un jour une des cordes majeures de la santé casse de manière inattendue.
On reste frappé de stupeur.
On entre alors dans le club de ceux qui se vivent en sursis, en prise directe avec une autre sensation et une autre chronologie.
Qui vivent avec le corps chevillé à l'esprit.
Avec le pouls qui bat dans la tête.

Il faut le reconnaître: avant "l'évènement" on vivait dans une relative inconscience du corps.
Du moins celui-ci ne se manifestait que par des sensations et symptômes de co-présence positive, ces sensations journalières et familières qui sont celles d'une mécanique bien huilée. Avec ponctuellement quelques grincements qui nous rappellent à notre précarité. Puis les petits bobos passent, et la vie reprend.

Mais arrive un jour le système se grippe... définitivement. Rien n'est plus comme avant.

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Lorsqu'on travaille sur la question du supramental et de la transformation on sait que le corps est de la partie. On sait que la quête ne part pas en flèche vers les hauteurs spirituelles. Pour s'envaser dans les contrées sans fin de la félicité.
J'ai toujours trouvé incomplète cette approche. J'ai rencontré de nombreux pratiquants de cette orientation : bouddhistes, soufis, pratiquants de nombreuses écoles de méditation. Ils manquent du souffle teillardien de la divinisation de la matière.
On trouve cette dimension plénière de la transformation chez certains chrétiens orthodoxes, mais enfermée dans un sourcilleux corpus doctrinaire.

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On ne cherche pas l'extase, ni le bien-être. Mais on se donne au service de la Shakti créatrice. Et c'est dans ce service que jubile en nous une extase participative d'action et de transformation.

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La maladie nous met en prise directe avec le corps. Le sang et ses composants, la température et ses aléas, les rythmes cardiaques, les mouvements, les articulations, la digestion...Il s'agit à présent de sensations au quotidien. Auparavant on pouvait bien associer le corps.
On le sentait impliqué. On l'associait par des exercices, par des pratiques diverses. Mais on était pas dedans.
Car il manquait l'urgence qui attise, et la conscience permanente associée à ses mouvements, à ses faiblesses et à ses rythmes précaires.
Le fait de ce retrouver en situation permanente de co-présence/dépendance est une mine extraordinaire d'enseignement.

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Depuis quelques temps le pouls pulse dans ma tête. J'entends son ressac comme si mes oreilles étaient collées à des coquillages. Son rythme rapide et irrégulier bat un étrange rappel. Surgissent de mon passé des souvenirs mêlés, des sentiment de reconnaissance, le sourire de Mère. Mon regard se transforme. Quelquefois il me semble prendre un recul soudain pour tout ce qui m'entoure et le monde s'éloigne comme derrière un voile. Les personnes me deviennent chères et émouvantes. Je sens alors cette fraternité d'âme qui nous relie tous. Je marche plus lentement, je pense plus tranquillement. Je vis dans l'univers et travaille à "enspiraler" le mantra de la transformation à ce pouls, et à ce ressenti corporel généralisé. Généralisé en soi, mais généralisé dans le monde car nous faisons corps avec lui. Energétiquement, corpusculairement nous sommes ses embouchures conscientes.

La dernière ligne du dernier poème des contemplations de Victor Hugo se termine je crois par "commençons !".

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