16.10.2008
Sri Aurobindo
Je crois que nous devons tous avoir dans nos différentes histoires quelques compagnons de route spirituels importants.
Parmi ces compagnons divers, dont les présences s'étoilent comme des boddhisatvas sur la thanka tibétaine de notre coeur, il y parfois, au centre, celui dont on dit en Inde qu'il est notre "Ishta Guru", le maître d'élection qui nous guide sur la voie.
Depuis quelques temps je prends la mesure de ce que Sri Aurobindo représente pour moi. J'ai lu quelque part, dans l'Agenda de Mère je crois, que la lecture de Sri Aurobindo pouvait petit à petit changer la façon de penser habituelle de notre cerveau. J'en ai vécu l'expérience effective.
J'ai eu le bonheur de le découvrir très jeune. Et de le lire inlassablement pendant des années, notamment le Vie Divine, la synthèse des Yoga, les différents volumes de compilations sur le yoga chez Albin Michel... Certes je lisais dans le même temps tout ce qui pouvait se lire concernant les questions spirituelles : de Ramakrishna, Vivekananda, Sivananda, Ramdas, Krishnamurti, Rajneesh/Osho, Arnaud Desjardin...pour ce qui est de l'Inde, mais aussi Clément, Evdokimov, Teilhard... les différents courants ésotériques d'Occident, le soufisme, la littérature et la philo...
Mais Sri Aurobindo, c'était autre chose. La lecture difficile de la Vie Divine qui m'a imposé, à 16 ans, un considérable effort d'assimilation et de vocabulaire m'a littéralement transporté. Je me plongeais toujours avec bonheur dans ce fleuve de connaissance transcendantale. J'aimais le rythme et l'ampleur du style, et ces longues vagues elliptiques naturellement intégratives qui abordent les différents points de vue pour les réconcilier dans l'épicentre d'une vision encore plus vaste. J'éprouvais un "Rasa" de bonheur et de félicité à cette lecture. Pas tant pour le contenu argumenté, mais parce que j'entrais en résonance profonde et dans une sorte d'intelligibilité extraordinaire avec le monde à travers les mots et l'amplitude de la vision de Sri Aurobindo.
J'ai peu trouvé d'équivalence chez des centaines d'autres auteurs et spirituels. Certes j'ai trouvé des ouvertures spirituelles, des intuitions, des émotions dévotionnelles, des états méditatifs, des intelligences spirituelles illuminées dans le vrai sens du terme chez nombre d'entre eux. Et puis je ne me suis pas contenté de lire : j'ai voyagé dans de nombreux pays, séjourné dans des ashrams traditionnels, dans des zaouias, j'ai vécu auprès de saints...
Certains m'ont expliqué qu'il fallait développer la dévotion du coeur et surtout me méfier du mental, d'autres m'ont fait comprendre que les émotions dévotionnelles pouvaient être un piège et altérer le discernement...
D'autres ont essayés de mon convaincre que mon ressenti du corps-énergie devait se développer, que mes émotions devaient être vécues totalement pour éprouver l'Etre !
D'autres encore m'ont convaincu que je ne devais plus penser mais jouir de l'instant présent, ici et maintenant ; d'autres que des dizaines d'années de méditation me permettraient d'aller au-delà du monde conditionné après avoir dompté mon ego et épuisé mes samskaras ; d'autres encore que je n'avais qu'à retrouver le chemin coranique de la droiture et suivre le chemin mystique de tel Cheikh sénégalais (Cheikh Ibrahima Niass), grand pôle spirituel du monde. D'autres m'ont expliqué qu'il suffisait de vivre de mes mains pour être en cohérence avec la nature et moi-même.
Certains m'ont dévoilé des connaissances initiatiques, en me proposant d'avancer ensemble sur la voie périlleuse de la domination et des pouvoirs.
D'autres m’expliquaient qu'il suffisait de se donner à Dieu, de prendre un chapelet et d'aller par le monde en chantant son nom ; d'autres que je devais pratiquer la voie sans voie de la non-dualité en laquelle toutes les contradictions s'abolissent...
Mais je ne cherchais pas la sérénité, ni le bonheur, ni la lutte contre le stress. Je ne voulais pas me mordre l'oreille en essayant vainement de tordre le cou à mon ego. Ni chercher son aiguille dans le foin de mon existence avec la lampe de poche de ma culpabilité. Je ne voulais pas non plus aller au paradis par peur des enfers. Ni quitter le dualité du monde pour trouver un bien-être détaché. Ni suivre la voie droite qui nous fait devenir raide de certitude et de rigidité. Je ne cherchais pas un refuge, une sécurité, un apaisement.
Je cherchais l'amande d'or de la connaissance qui connait, qui aime, qui peut, qui agit . En embrassant le monde de tout mon coeur, avec ses douleurs, ses abysses, ses inquiétudes vrillées dans sa substance et sa chair. Pour les éprouver et les transformer de toutes mes forces.
J'avais croisé Sri Aurobindo et cette vision si vaste des mondes et des univers, et m'y retrouvais naturellement.
Jusqu'à présent sa vision transformative et intégrale m'habite au plus profond.
Et cette cohérence fractale qui se déploie comme si l'univers lui-même formulait son intelligibilité fait partie de ma nature.
Et enfin ce projet transformation de l'univers au coeur duquel l'être humain se trouve, et qui se développe en lui et par lui est devenu mien.
Au-delà de la non dualité, Sri Aurobindo nous transporte dans une dimension de l'agir divin. Et là, l'oeuvre ne se fait plus dans la méditation ou dans la contemplation vers le haut/intérieur mais dans l'action de transformation simultanée de soi et du monde, dans la forge de la conscience et du quotidien.
Une transformation qui va consciemment jusqu’aux sources corpusculaires de la matières pour y faire reflamber l’Esprit.
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