07.10.2008
La tapasya
J'ai fait partie de ceux qui ont cru à un certain anarchisme spirituel.
Qui ont considéré que le "carcan" des pratiques et des obligations s'accommodait mal de la dynamique de liberté et d'authenticité que j'associais à la spiritualité.
J'étais partisan d'un Gai Savoir spirituel, non contraint, naturel et spontané.
Je trouvais ça et là, chez tel penseur rebelle à la mèche juvénile, chez tel autre perclu dans sa fierté solitaire, ou dans les exemples extrêmes incarnés par les sadhus fumeurs de bang, dans les frasques de Milarepa, dans les désordres de tous les sens pratiqués par les artistes, les poètes et les chamans, dans les maximes paradoxales des taoistes, bref, je trouvais à mon aise une dense matière à satisfaire et justifier mon principe de spiritualité libertaire.
Cette période arrive à son terme, et j'en suis soulagé. Je réalise combien cette étape souvent nécessaire peut nous faire tourner en rond.
Il reste que ce nomadisme spirituel dont la posture romantique reste à la mode, est extrêmement enrichissant.
Il nous permet un affranchissement des contraintes culpabilisantes héritées de notre fond religieux sémitique.
Il nous ouvre aux autres cultures, aux autres ontologies, et décloisonne notre esprit.
Il nous investi d'un sentiment spirituel personnalisé.
Mais il peut se transformer à la longue en une errance addictive pleine d'amertume et de prétention.
Comme ces aventuriers qui furent ivres de liberté que l'on rencontre en Afrique, et qui ont fini par échouer dans un lamentable taudis, dans l'ivresse alcoolisée de leurs souvenirs qui n'intéressent plus personne.
Car cette spiritualité libertaire dont je reconnais l'intérêt comme une étape provisoire et herméneutique devient rapidement narcissique. On réalise au bout de quelques années ou quelques décennies qu'elle constitue un noyau de complaisances, de compromis, d'arrangements égotiques. Son panache spirituel est bien artificiel, et s'écrase lamentablement le nez dans la vie quotidienne traversée de colères, d'immaturités, et contradictions insurmontables.
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J'ai réalisé finalement que nous avons besoin d'un cadre de pratiques, et d'une dynamique cohérente d'efforts soutenus et continus.
Je crois qu'il faut vraiment le réaliser, au sens spirituel du mot. Pour comprendre que la spontaneité spirituelle s'éveille mieux dans un contexte organiquement cohérent. Que sa poésie illumine mieux le présent quand elle s'exerce dans un environnement propice ou tout facilite son expression.
Que le feu de l'effort, le tapas ( en sanscrit) qui s'applique alors à la Voie n'est pas contraint.
Il est naturel, spontané, car il n'y a pas d'autres choix naturel pour croître et évoluer que de mettre en cohérence sa vie autour de l'aspiration spirituelle évolutive. Manger, dormir, aimer, partager, trouver sa place, être avec les autres, s'aimer soi-même, être humble et bienveillant, créer un environnement de vie sain et propice, deviennent naturellement un cadre de pratiques et de consécration permanent.
Donc il faut créer ce cadre et cette dynamique !.
C'est à quoi nous nous attelons !
12:52 Publié dans Les pratiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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