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13.04.2008

La sexualité, deuxième partie

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Conscient des impasses, j'ai engagé un cheminement différent. J'ai décidé de ne plus jouer sur l'échiquier du bien et du mal, du pur et de l'impur, du spirituel et du non spirituel, des forces divines et des forces adverses. Je n'ai plus cherché à justifier le pas de tango de la quête du plaisir et des gouffres spirituels, en esthétisant cette danse comme un blues baroque et nécessaire.

J'ai changé le cap et la manière, pour plonger dans les eaux troubles et profondes de cet égo tant décrié, pour découvrir dans les grands fonds, les tristes épaves de mon enfance.

J'ai essayé de comprendre les aspects troubles et compulsifs de mon besoin sexuel, et ce coté impérieux et addictif qui pouvait me faire errer comme un drogué dans les rues à sex-shop, et cumuler les conquêtes, générer des attentes affectives féminines, brasser des corps et des coeurs jusqu'au vertige.

Pourquoi ce besoin était-il si harcelant ? Comment expliquer cette quête effrénée de jouissance alors même que j'avais lu tous les livres de transformation spirituelle, rencontré des maitres édifiants ? Qu'est ce qui m'habitait donc qui faisait de moi un tourmenteur et manipulateur des femmes qui croisaient mon chemin ?

J'ai petit à petit intégré que la sexualité avait été une sensation refuge pour l'enfant et l'adolescent maltraité que j'avais été. La jouissance sexuelle me permettait de pallier au vertige de mon angoisse en fixant un point d'ancrage de plaisir et d'ivresse qui était la seule issue pour échapper à un présent infernal. Pris dans les serres d'une belle-mère perverse et hystérique, enfermé dans un duel permanent et inégal avec un adulte malveillant, la jouissance solitaire restait mon seul territoire de liberté. En fonctionnant comme une soupape pour apaiser les tensions quotidiennes souvent terribles auxquelles je devais faire face jour et nuit.

Comment aurai-je pu me départir "spirituellement " de cette sexualité dans cette condition de mendiant d'amour, incapable que j'étais de résister à la moindre tentation, toujours avide d'attention et de caresses, mais aussi toujours inquiet de tomber dans l'emprise émotionnelle d'une femme, me défaussant intérieurement et cherchant à rester toujours maître du jeu.

Ce n'est pas un spirituel qui m'a ouvert les yeux, mais ma décision de traiter la souffrance cachée derrière mes défenses, derrière les lunettes de soleil de mon personnage de mâle habitué à prendre sur lui. A porter des poids avec le sourire, à endurer, à ne pas baisser son pantalon. A toujours considérer qu'il n'est pas si important de parler de ses souffrances et de ses émotions, qu'elles finissent par se tasser, et que tout va si l'essentiel tient la route. Alors on porte des poids toujours plus lourds, on entasse le linge sale dans l'armoire, on le compacte au fond de la conscience...Et la vie déraille en conflits, en pressions, en contradictions insoutenables, en engagements inconsidérés, en jeu de cache cache avec sa conscience.

On peut être très spirituel extérieurement, aller à des méditations, édifier les amis par ses connaissances, se la jouer avec une facilité déconcertante.

Je suis allé finalement consulter une psychiatre. Une pure et dure, du genre que les spiritualistes n'apprécient pas. Une pour laquelle il ne suffit pas de pleurer, et de faire pleurer son enfant intérieur, comme si l'expression des émotions pouvait nous économiser l'exigence de la lucidité. Une qui ne donne pas des baumes d'amour provisoires et des coups de baguette magique et des mantras. Pas une psychothérapeute des symboles, des complémentarités, des noces alchimiques de l'être. Mais une psychiatre qui travaille sur la lucidité, la perversité, les non dits, les violences, les chancres affectifs et les démangeaisons que l'on cache. Sur ces tiques qu'on croit pouvoir arracher soi-même. Mais en réalité tellement bien plantés qu'on ne peut plus extraire leurs têtes entêtées qui restent bien fichés au coeur de nos abcès muets.

Ce que m'a fait comprendre cette psychiatre, c'est l'énorme pouvoir de contrôle que j'ai appris à développer pour survivre au quotidien de la maltraitance enfantine. J'ai du arrêter de pleurer tout en recevant des coups douloureux, j'ai du sourire quand mon coeur et mes tripes pleuraient, j'ai du apprendre à ruser et à mentir pour éviter la douleur et la souffrance tellement injustes. J'ai du me créer une carapace terrible et emmurer le gamin sensible que j'étais.

Heureusement mon histoire spirituelle a relayé ce cauchemar, et m'a donné les ressources et les ressorts pour rebondir. C'est ainsi que j'ai pu quitter le domicile familial avec la genèse du surhomme de Satprem dans mon sac. Dans le souffle révolté et la fièvre des stances satpremiènes je trouvais les moyens de vivre ma propre génèse d'homme. Pendant des années j'allais jouer ma vie sur une scène sous contrôle, gérant mes émotions même dans des thérapies émotionnelles, développant une personnalité forte et très riche, sentimentalement bariolée et redoutable prédateur de femmes.

J'ai du faire un retour à cette partie de ma vie, retourner sur les traces de ce petit garçon sensible et mal aimé. Et réintégrer des pans entiers de mon histoire, des pans douloureux. Il a fallu remettre à jour la relation avec ma belle-mère pour sortir de cette mémoire blessée et retrouver en elle, la simple et douloureuse femme qu'elle avait également été.

En la reprenant dans mes bras comme une personne, en comprenant la dévoration maladive de sa propre enfance maltraitée, en lui pardonnant du fond du coeur, j'ai pu voir plus clair dans les eaux troubles de cette histoire. J'ai pu comprendre mon noyau de peur cristallisé dans ma relation aux femmes.

Pendant des décennies, et l'Afrique m'a enfoncé dans ce travers, et le libertinage "tantrique" également, j'ai vécu, sans m'en rendre compte dans la peur et la manipulation de la gente féminine.

Les femmes que j'ai connu ont été des pansements de mon mal d'amour vertigineux, des compensations éphémères, tenues à distances par les jeux du plaisir et mes peurs si fondatrices qu'elles m'étaient invisibles.

Grâce à ces réponses, mais également aux remarques d'amies attentionnées, j'ai pris conscience de ma confusion. J'ai compris que malgré ma présentation intellectuellement brillante, ma posture spirituellement volontaire et le panache avec lequel je défendais ma cause et mes idées, j'étais resté un nain affectif tourmenté et manipulateur. Que toutes ces femmes que je prétendais aimer n'étaient que des fantasmes et des jeux de mon égo affectif et érotomane.

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Je réalise avec le temps que c'est un travail de longue haleine. Que c'est une lente déprise d'un faux moi construit sur des souffrances. Et que pour faire fondre ce masque il faut de l'amour et de la patience, comme quand on retire un pansement d'une plaie vive. Il faut apprendre à dépasser la culpabilité, à être bienveillant vis à vis de soi-même, et faire appel à des aides neutres et compétentes.

La sexualité n'est plus pour moi une source de tourment. Elle n'est plus une fixation, ni un bouclier dans ma relation aux femmes. En fait elle se transforme dans une relation plus intense et pacifiée avec l'univers. Elle ne passe plus forcément que par les organes sexuels. Elle devient un "rasa" du coeur, même si elle n'exclue aucune partie de mon corps.

J'ai toujours des lambeaux errants de formations vitales et mentales qui me traversent parfois, me rappelant à ma modeste condition d'homme. Je travaille à tamiser encore ces contenus dans la compostière universelle. Je dois toujours clarifier mes choix, éviter le flou dans lequel j'ai vécu si longtemps.

Je dois assumer également des enfants, des relations qui ont pâti de cette histoire. En restaurant avec eux une relation plus authentique, et plus respectueuse.

A mes yeux ce travail fait partie intégrante de la voie évolutive. Et chaque pas vers plus de conscience et de lucidité est un pas pour l'ensemble du grand corps terrestre.

Je suis également devenu plus tolérant, et comprends mieux la complexité qui nous habite tous. Je réalise combien la souffrance est un marqueur commun, et que le sexe est souvent relié à ce point de fragilité et d'angoisse qui nous fonde.

Et que l'explorer dans sa vérité et sa crudité, c'est aussi avancer dans la voie spirituelle évolutive !