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17.03.2008

J'ai marché sur la braise

Pendant des années j'ai porté mon coeur palpitant sur la main, avec une aspiration évolutive pugnace.

J'ai chanté mes mantras en rentrant du Lycée, avec le Carnet de Pèlerinage de Ramdas dans ma poche.
J'ai plongé dans la ferveur de Ramakrishna, en veillant certaines nuits avec lui au pieds de la grande Déesse.
Avec Evdokimov et Olivier Clément j'ai cherché le regard de lumière de Séraphin de Sarov.
J'ai baigné mon coeur dans la mer du Mathnavi de Rûmi.

Un tournant radical s'est amorcé quand j'ai marché sur la braise des livres de Satprem et plongé en apné dans l'Agenda de Mère.

J'en suis ressorti tellement retourné, encore adolescent, que je n'ai exercé aucune profession fixe, trop tendu vers les possibles et toutes les synchronicités. J'ai voyagé, comme un pèlerin, refusant toutes les drogues, tous "les avantages acquis", sur plusieurs continents pendant plus de vingt ans.

Oui, j'ai rencontré de beaux moments, uniques, estampillés de beauté sacrale.

Mais j'ai aussi rencontré le monde avec tous mes yeux ouverts.

Je me suis rencontré moi-même.
Mon double céleste bien sûr, dans mes rêves, dans mes méditations,
dans la dentelle quotidienne des synchronicités et des rencontres.

Mais j'ai aussi rencontré ce fameux égo, ce crocodile insubmersible,
toujours prêt à sauter sur le moindre poulet conflictuel !

J'ai découvert que l'on ne s'en débarrassait pas de l'égo sans prendre le risque de la haine de soi.

Que l'on ne s'en débarrassait pas avec les méditations de Kundalini d'Osho,
ni par les l'écoute des discours de Tolle,
ni par la lecture de Krishnamurti, ni par les enseignements de l'Advaita, du Zazen...
Ni par l'expérience de Mère ou de Satprem.
Ni par la prière, ni par l'illumination.

Car on ne peut pas faire l'économie de son histoire, de son épaisseur de vie,
de ses émotions et de ses fragilités.
Et il est dangereux pour soi et pour les autres d'ignorer que c'est dans ce creuset que l'on doit d'abord travailler, et jardiner nos êtres.

Avec l'amour de soi nécessaire, et que l'on a souvent tant de mal à se donner.

Il s'est trouvé que j'ai partagé du temps et "du service" avec certains gourous contemporains notoires.
J'ai trouvé en eux des experts à produire des disciples serviables.
Mais pas des pédagogues qui inciteraient les personnes à devenir des êtres matures, autonomes et évolués.

J'ai partagé des voies dévotionnelles et fréquenté des églises de plusieurs continents.
J'ai accepté de laisser le mental de coté, d'ouvrir complètement mon coeur, de croire au pouvoir de la prière.

Mais chaque fois j'ai été renvoyé avec force dans le filet du Réel.
Avec en face de moi, cet autre moi humanimal.
Vivant de tous ses naseaux, mal aimé, colérique, et présent comme une piqure de taon.

Je dois aux échecs relationnels d'avec mes ex-compagnes,
à mon histoire familiale et mon enfance douloureuse,
à des aspects de ma vie marqués par l'immaturité et l'irresponsabilité,
je dois à tout cela les enseignement les plus puissants et les plus lucides qui soient.

Sans se ré-habiter soi-même,
sans se réhabiliter en profondeur,
se reconnaitre et s'aimer,
sans procéder a l'attentif déminage de sa relation à soi et à l'autre,
dans la modestie du réel et du quotidien,
dans l'artisanat modeste de l'évidence et du bon sens,
on finit par se retrouver dans la dépendance et l'immaturité spirituelle.

On pense pouvoir court-circuiter le réel, et prendre des chemins buissonniers.
On devient en fait le jeu de tous les offreurs de bien-être.
On retourne à l'addiction du petit tourniquet des nouveautés et des réponses toutes faites:
channeliseurs,
promoteurs de l'amour universel,
recycleurs des thèmes théosophiques,
et ré-inventeurs de nouvelles méthodes...

Sans le labour de fond, sans retourner le sillon de son histoire,
en relevant les pierres cachées, en dégageant les obstacles un à un,
sans déraciner les vieilles souches qui obturent la voie,
on est condamner à retourner au tourniquet des nouveaux sauveurs.

Il faut, je le crois vraiment, un équilibre de lucidité et de présence,
et une modestie de coeur, pour être bien debout dans notre ingénuité vivante.
Et avancer dans la clairière des incertitudes et de l'inattendu
sans projeter nos visions et nos attentes.

C'est pourquoi je me suis réconcilier avec l'égo, ce bonhomme,
qui devient même généreux si on lui redonne son sens et sa vérité.
Il devient alors un serviteur.
Et notre être psychique peut s'asseoir sur l'épaule de ce brave et indispensable sherpa.
Pour avancer plus vite sur le chemin qui nous attend avec impatience.