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17.03.2008
D'un seul tenant
Depuis quelques temps, je revis et découvre une inédite liberté.
Pas une illumination. Pas une gratification permanente.
Pas un plaisir que rien n'altèrerait.
Pas une expérience "reçue" d'en haut.
Non, c'est en fait une expérience d'en bas.
Ici, dans la chair odorante du quotidien.
Dans l'oignon farci du réel.
Je vis l'expérience universelle dans mon expérience modeste.
Qui s'étoile de sens et d'incertitude créatrice.
L'univers s'ouvre tous les jours dans la grenade fruitée du présent.
Je vois son ventre grossir de notre enfantement.
Qui se prépare minutieusement et simultanément en tous les points du monde.
Avec une puissance qui fait éclore à chaque instant des milliards de fleurs.
Et des hécatombes de souffrances.
Je vis une expérience qui me pousse toujours en avant.
En avant vers ce que je n'ose pas, que je ne connais pas.
Qui me pousse à entrer dans la forêt de mes peurs.
Des peurs inscrites dans mon corps.
Et qui me fait toucher la glaise matricielle
du vivant au sang chaud et pulsatile.
Qui m'impose avec bienveillance de regarder les durillons
que j'ai fabriqué pour me protéger de moi-même et des autres.
Une expérience évolutive continue, libre, autonome, créative.
Qui me permet de réaliser ceci :
Chaque fois que je suis en vérité avec moi-même, je fais un pas de plus pour le monde.
Chaque haine que je dépasse en dénoyautant ses causes et en assumant son histoire,
est un pas de plus pour le monde.
Chaque espace d'inconscience conquis sur mon quotidien, sans culpabilité ni dévalorisation de soi,
mais avec attention et sollicitude,
est un espace de conscience ajouté à la conscience du monde.
Chaque offrande d'amour sans objet et sans attente
devient un renfort pour la manifestation de Sa présence.
Voilà aussi comment mon regard s'est ouvert sur un monde que j'aime,
car je réalise que je l'ai épousé de toutes mes tripes en y advenant.
Je ne suis plus révolté, ni rebelle, ni ennemi de personne.
Je réalise que nous traversons un seuil de conscience qui implique le Réel entier d'un seul tenant.
Que tout le monde y est emporté, système et non système inclus.
Nature, technologie, science, esprit, spirituel, humain, matériel, artificiel, tout est maillé et tout communique pour nous dire ce qui advient.
Des geysers époustouflants de créativité et des milliards de nano-magnétites de conscience intelligente
s'engouffrent dans tous nos tuyaux.
Cervicaux, respiratoires, digestifs, économiques, scientifiques, industriels, dans ceux de nos gouvernances et de nos comportements.
Ils fabriquent sous nos yeux, dans la fournaise fumante du monde, les inédites théophanies du futur.
Un futur qui mijote dans toute la matérialité du monde
et dont le fumet appétissant nous fait inconsciemment saliver d'impatience !
Et cela se fait à chaque instant en nous et sous nos yeux.
Dans nos corps, et dans la rape du temps,
et dans la pelure minutieuse des secondes.
Comment ne pas vivre alors avec étonnement ?
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