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24.02.2008
La couvaison d'or
La couvaison d'or supramentale est faite du compost de notre histoire.
Les futures vigueurs naitront avec les jarrets terriens de notre espèce.
Il est temps d'y aller.
D'enfoncer la vrille de notre conscience dans la douleur millénaire
qui hante nos mémoires.
Non pas pour souffrir.
Cela ne servirait à rien d'autre que de nous conjoindre à l'infinie procession des victimes.
Mais y aller vaillant.
Pour guérir, pour aimer, pour prendre dans nos bras,
dans tous nos bras aimants, tous ceux qui sont emmurés dans la mort.
Dans la mort de notre oubli. De notre déni.
Guérir la Mort c'est d'abord ouvrir sa Bastille.
Et en libérer tous les prisonniers de notre aveuglement.
Car l'aspiration à la Lumière ne nous concerne pas seulement.
Vous, moi, nous.
Ce serait trop facile.
Il y a tous les autres, chairs de nos chairs.
Prisonniers derrière les barreaux de notre oubli.
Il m'est arrivé de rêver des camps de la mort.
Je tenais la main d'un vieil homme, éminent conférencier de la Société Théosophique.
Il savait, en montant dans le train,
que nous entrions dans la bouche de l'innommable.
J'y suis entré avec lui.
Il m'a dit alors : si tu survis petit, rappelle toi de nous !
Vivre dans le présent, c'est être dans la Présence.
De tous ceux, bannis, humiliés, déchirés,
éviscérés, violés les yeux ouverts,
qui nous abjurent de restaurer leur humanité.
De tenter l'assomption de notre humanité,
mais aussi de leur humanité,
vers un autre Possible.
Et de ne plus les laisser enfermés dans le sort inhumain
qui a dévoré leurs entrailles.
Car tous ces vivants d'alors et ces morts ne sont pas dans le passé.
Ils sont lovés dans le creux vertigineux du présent.
Et leur appel se reproduit, partout et continument dans nos mémoires et nos chairs.
Leur cris résonnent dans la chair à vif de tous les nôtres
qui crient dans tous les Darfour,
dans les autocars de Srebrenica,
dans la voix de Ilan Halimi,
et de tant d'autres qui n'ont pour épitaphe
que la chronique laconique du fait divers local.
Dans ma mémoire globale les souvenirs se confondent et se mêlent.
On ne peut se démêler de notre histoire qu'en se mêlant à elle.
En plongeant plus profond dans la Matrice insondable
qui a enfanté ce présent.
Il n'est pas anodin qu'aujourd'hui toutes les mémoires se rappellent à nous.
Il n'est pas anodin que toutes les victimes quittent leurs buchers,
leurs caveaux, leurs nuits, leur inexistence pour
s'inviter dans le noyau de notre fébrile présent.
Ils viennent en nous
pour porter dans le creuset
de notre commune paume ouverte,
dans la feuille nervurée de sang
de notre humble prière,
l'ultime mantra de braise et d'amour.
J'aime ainsi allumer certains soirs,
les lundis en particuliers,
une petite bougie.
Au nom de tous les vivants et tous les soi-disant morts.
Pour dire que nous continuons, pugnaces, formidables et fragiles,
à porter le flambeau du Vivant qui advient.
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