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24.02.2008

Du jardinier intérieur

J'ai rapidement compris la corrélation extraordinaire
entre l'art de jardiner
et la croissance intérieure.

La quête du Grand sens passe aussi par le bon sens.

Le jardin est un livre de symboles vivants,
riche d'enseignements savoureux et implacables.

C'est aussi un passage vers notre avènement supramental.
Une porte enchantée qui guette depuis longtemps notre devenir.
Depuis les vieilles cueilleuses ancestrales qui nous ont transmis les secrets.

On ne précipite pas un jardin, on l'apprivoise, on le fait advenir
comme le sculpteur fait apparaitre la forme contenue dans la glaise.

On fait corps avec la terre, on l'intériorise avec ses caillasses et ses bosses.
On se moule contre son corps noueux. Mieux, on se l'incorpore.

Ses manques en nutriments essentiels
nous rappellent à nos vrais besoins.
En sels primordiaux et salvifiques.

Son excès d'argile nous prévient des émotions collagènes.
Celles qui nous embourbent dans des mêlées confuses et affamées.
Et nous collent aux pieds. Dans la vase confuse des sentiments accapareurs.

Son manque d'humus nous incite à emboucher la vie d'un baiser fervent.
A nous reconnaitre vivants dans la tignasse du temps.

On ne rejette plus nos déchets émotionnels sur les autres
mais on les intègre dans notre compostière.

Que l'on retourne de temps en temps pour en activer sainement les ferments.

On revient souvent planter la fourche dans le ventre humide
de la pourriture. On sent petit à petit advenir un fumet d'insectes
et de lombrics. Et l'on assiste médusé à l'avènement
d'une terre noiraude et utérine.
On hume sans dégout nos odorantes métamorphoses .

On étale son humus dans le jardin comme une promesse
à tous les ensemencements.
On entend les marées lunaires qui chuchotent dans les racines.
On brame même avec les cervidés qui se cabrent dans les solstices

On étoile à la main des semis.
On aimerait porter chaque graine sur notre dos, comme les fourmis.
On accompagne le semis des mantras salvateurs,
on invoque les grandes déesses fécondes,
nos originelles mères.

Puis on pousse avec les pousses
On accompagne les petits coups de reins des cotylédons.
On comprends que le temps les modèle dans la giration chlorophyllienne.
On comprends que le temps s'épouse lentement,
qu'il est maitre du dénouement et des commencements.
Et qu'il faut rouler avec lui dans ses anneaux opalescents.

On comprends que l'on ne peux pas économiser le temps.
Celui de l'enfance, des parents, des aîeux,
que l'on ne peux pas mépriser nos blessures.
Qu'il faut jardiner notre jardin d'enfance
et panser nos douleurs et nos saignements.
La pousse est lente avant la maturité.
Les orages, les grêles, les sècheresses
nous rappellent à nos terriennes rigueurs.

A suivre