« Projet Savitri, quand tu nous tiens ! | Page d'accueil | Les yeux ouverts »

17.02.2008

De Satprem ...

Satprem m'a touché dès l'adolescence.
Perdu dans ma cité populaire, tiraillé par les exigences de ma famille maghrébine, les oeuvres de Satprem étaient mes bréviaires de liberté.

Il a été un exceptionnel compagnon de tous mes voyages.

J'ai lu tous ces livres, depuis l'Orpailleur jusqu'aux derniers, quoiqu'avec plus de difficultés à la fin et je dirais pourquoi. J'ai écouté ses cassettes, vu les films avec bonheur.

Je lui dois des moments d'exception. Des moments de beauté, de radiance et d'affleurement de l'être psychique. Des moments de joie intense partagés en lisant la trilogie de Mère...

Il a habité mes nuits, mes douleurs, mes angoisses comme un exceptionnel frère de peine.

Et surtout je lui dois le bonheur de cet Agenda de Mère.
Une pièce unique dans l'archive des mondes, la chronique d'avenir de notre transformation.

Donc j'aime Satprem.
Mais un amour sincère et fraternel n'induit pas l'aveuglement.

Presque à mon corps défendant et parfois avec un certain malaise, j'ai toujours eu l'impression
que Satprem portait quelque choses d'extrême.
Une sorte de radicalité dans sa rébellion fondamentale.
Comme si sa révolte contre la Mécanique et le Système se transformait en révolte totale et absolue.
On sent cela sous-jacent dans l'agenda, ou l'on assiste parfois avec émotion aux petites rectifications, et parfois aux avertissements de Mère...
Et cet emballement extrême parait s'être accéléré les années qui ont suivi le départ de Mère.

Cela m'a posé des questions. Depuis des années. Jusqu'à ce rêve.


........

Un rêve intense sur Satprem a mobilisé ma nuit d'hier.

Une rencontre étonnante et lumineuse, dans un environnement rocheux et escarpé.
Nous cheminions ensemble en marchant et en sautant de rochers en rochers !
Satprem avait une grande cape noire et se déplaçait avec facilité. Ses yeux brillaient d'un éclat métallique très frappant.

Je ne sais plus de quoi nous parlions. Et ne conserve à l'esprit qu'une impression poignante gardée à mon réveil.

Que je peux résumer ainsi :

Satprem a incarné, de manière très intense et très particulière, de manière exceptionnellement authentique, la révolte fondamentale de l'être humain.

Révolte contre l'injustice, contre la douleur, contre l'hypocrisie, contre les maladies, contre la mort, bref contre le drame du destin humain.

Révolte de toute les révoltes, noyau irréductible et rebelle contre toutes les normes, contre toutes les lois, contre toutes les limites.

Mais une révolte si intense, si blessée, qu'elle peut même refuser l'Amour et la Lumière.
Et se tourner vers un nihilisme total, absolu et suicidaire.
On sait combien ce refus peut-être destructeur et dramatique.
Et qu'il peut présenter un risque même pour l'humanité.

J'ai eu l'impression de mieux comprendre pourquoi Mère avait donné le nom de Satprem à ce rebelle formidable, figure icônique et concentrée de toutes les rebellions douloureuses de la terre.

Et pourquoi elle l'a accueilli avec tant de miséricorde auprès d'elle, en reliant ce noeud poignant et presque nihiliste présent dans la conscience humaine pour le relier à la possibilité de la transformation.

En l'invitant avec son sourire et son amour vers la Possibilté évolutive.

Satprem a-t-il passé le cap ? Peu importe finalement, car sa personne n'est sans doute pas en question.
Et nous lui sommes tous redevable du meilleur qu'il nous a donné et transmis.

L'autre question est plûtot d'actualité : la révolte nihiliste et totale a pris un certain pouvoir avec cette capacité de nuisance des terrorismes. Des terrorismes nés dans la douleur et dans l'humiliation. Enfermés dans une haine de soi et de l'homme si radicale qu'elle peut même refuser tout salut et compromis dans un déni de tout.
Des nihilismes qui, quels que soient leurs noms, pourraient bien préférer la purification radicale, et de la disparition de notre espèce.

En auront-ils le pouvoir ? Leur capacité d'attraction par le sentiment victimaire est énorme.
Leur intelligence à fomenter du sens pour tout dénoncer, et voir du mal en tout est formidable.
Ils savent nous inciter au déni de l'autre en fabricant des coupables.
Des coupables du complot mondial, de toutes les trilatérales.
Ils sont experts à produire de la haine de soi avec les meilleures intentions.
De manière si fascinante et convaincante que nombre de gens y cèdent sans le réaliser.

Mère, bien en avance, travaillait déjà corps à corps, semble-t-il, avec cette force de rébellion nihiliste.
Elle œuvrait à la guérir.

Rejoignons là !