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13.02.2008

Partir de ce que l'on est...

Ma question d'aujourd'hui a déroulé ses spires
tandis que je roulais en voiture sur les routes du Tarn.
Des routes toutes en rondeur qui nous promènent
entre les champs de tournesol.
Dans des champs à venir car en février les graines dorment encore.

Cette question qui me turlupine concerne nos petites batailles du quotidien,
nos petites et grandes chutes...
Et du courage qu'il faut pour se relever,
s'ébrouer et se relancer dans la mêlée évolutive.

Cette mêlée évolutive est définitivement notre lot. Elle nous colle au pieds.
Elle ne nous laisse que peu de répit. Elle nous empoigne par les tripes.
Elle nous tient dans la teneur du réel, dans la tenaille de sa mâchoire.

Elle nous tient par là ou elle a prise sur nous.
Par la tête, par la gorge, par le ventre, par le sexe, par la maladie,
par l'argent, par la famille, par les angoisses quotidiennes...

Par les queues impatientes à la poste.
Les bouchons interminables.
Les couloirs glauques du métro.
Le stress du compte en banque à provisionner sans délai.
La panne catastrophique.
Le rendez-vous au tribunal.
L'amende surprise et malvenue,
Le loyer en retard,
Le collègue tyrannique.
La compagne qui craque et vous met au pied du mur...
Bref tout ce harcèlement du Réel...

Cette piqure de taon qui se rappelle à nous, d'autant plus cuisante qu'on la repousse et qu'on la fuit.

Son venin a le piment du vivant.
Et l'aiguillon du présent.
Il n'y a pas d'autre issue que de rencontrer ce rustre Minotaure, et de le prendre par les cornes !

Car cette mêlée taurine a quelque chose de salubre.
Ses sabots colériques grattent un sol qui est notre monde.
Ses naseaux fumants soufflent un air de vérité indubitable !

Alors oui j'accueille cette mêlée furibonde, ces obstacles, ces rugosités qui rayent
l'email de mon bien-être !

Cette pression de la mêlée est évolutive.
C'est une bénédiction inconfortable à accueillir comme les nutriments de notre feu.
Un charbon bien terrestre et fumant pour alimenter notre locomotive intérieure.

Pas de repos petit, tant que tu n'as pas converti cette matière !
Tant que ces évènements accrocheurs, ces poils à gratter, ces coriaces harcèlements
ne sont pas compris comme étant le divin carburant.

Tant que cette pression nourricière n'est pas accueillie en prière, en offrande et en gratitude.

Alors oui je vais désormais dans la mêlée du monde, dans la mêlée de mes semblables
et de nos milliards de problèmes.
J'y vais comme un accélérateur de conscience, de particules et de temps.
Toutes ces misères et ces aspérités font tourner mon moulin à prière !
Ces contraintes, ces piqures, ces urgences alimentent le feu de ma conscience embrasée.

Je Te reconnais à présent. Je te veux avec plus de ferveur.

Je comprends que ce coït du Réel nous veut du bien.
Que sa concupiscence à nous coller au plus prêt est une manière d'amour.
Qui nous appelle à faire front, à prendre appui sur sa force pour nous mettre debout.
Et marcher sur ce chemin sans chemin.
Avec tous les hommes, tous les miens.


.......................

Ah ! Ce petit farfadet outrecuidant qui tire l'élastique de notre patience
lorsque nous faisons la queue dans la foule de nos semblables !
Qui éructe parfois, laissant échapper de nos bouches ahuries,
une bonne petite grossièreté grasse comme une mouche bleue !
Qui nous rappelle en somme qu'il faut être humain, bien humain,
et s'aimer comme tel, et s'aimer encore
avant d'aller plus loin.

......................

Alors petit à petit les choses apparaissent à leur place,
là ou elles devaient être depuis toujours.
Comme une fermière gironde, les bras posés sur les hanches,
bien plantée au milieu de sa basse-cour !
Non mais !

Alors la lumière luit autrement. Tout devient plus tranquille.
Le sol devient ferme au pieds.
Il sent bon l'humus.
Même nos catacombes tout en bas, commencent à laisser apparaitre un peu de verdure.
Alors on peut entendre un vrai son qui coure au loin comme un lapin de garenne.
Comme un vol d'oies brassant la lumière de leurs ailes accordées.
Un mantra vivant et solaire que les champs de tournesol se murmurent de fleurs à fleurs.
Un mantra qui dit : ça vient !