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12.02.2008

Osons devenir !

Il y a quelques jours, par le biais des contacts suscités par le projet Savitri, je discutais avec P..., un breton sympathique.

Ces contacts sont intéressants car ils nous permettent de prendre le "tempo" de l'environnement concerné par cet appel du Projet Savitri.

P... est plutôt dans l'option "sadhana" du Yoga intégral de Sri Aurobindo et des entretiens de Mère. Il annonce plus de trente années de pratique...de lecture et de méditation.

Aussi notre surprise est grande, pour ne pas dire notre perplexité, quand parlant du départ de Satprem, il nous explique qu'un certain René Mey, a fort heureusement repris le flambeau dans la continuité de Sri Aurobindo, Mère et Satprem. Et qu'il est sans doute un de ces êtres du futur. Carrément un de ces surhommes annoncés par l'avènement du Supramental !

Je ne sais d'où il tient cette affirmation !
Mon propos n'est pas ici de faire la défense de quoi que ce soit. Ni d'invalider la spiritualité et la réalisation de cette "nouvelle" figure iconique qui draine les foules autour de ses enseignements et de ses miracles.

Mon propos est autre. Il est tout entier dans l'appel à une autre ouverture. Celle qui consiste à ne plus adorer, mais à devenir.

Car ils sont légions !

Les puissants mirobolants qui crachent des oeufs d'or.
Qui réalisent des tours de force en écrivant des centaines de poèmes par jour.
Qui subjuguent les foules de leur verbe lénifiant.
Qui jouent miraculeusement de tous les instruments.

Qui embuent momentanément le coeur d'un Amour aussi espéré qu'évanescent !

Trois clics sur le web et leur sourire vous harponne.
Prêt à vous rouler dans la chapelure de leurs mots.
A vous aligner dans les rangs de poissons pannés de leurs disciples tétanisés.

Ces personnages sont sans doute utiles dans l'économie occulte et spirituelle du monde. Et les belles âmes qui se prennent dans leurs filets finissent toujours par trouver des issues hors du labyrinthe de culpabilité et d'asservissement que savent si bien tisser ces divers thaumaturges. Ils en ressortent souvent rinçés, vidés, en se demandant comment ils ont pu être hypnotisés si longtemps.

Il est probable que pour certains chercheurs qui attendent de l'extérieur leur planche de salut, ces personnages puissent constituer des balises et des étapes.

L'ennui c'est que nous sommes loin d'une émancipation spirituelle, d'une liberté intérieure ouverte, inclusive, intégrative, qui fait appel à notre lucidité et à notre maturité intérieure. On est loin de cette responsabilité et de cette autonomie spirituelle dont on sent bien qu'elles sont au coeur d'une démarche évolutive.

J'ai toujours aimé chez Sri Aurobindo cette assomption du Sens en chacun, à travers l'évolution de notre être psychique. Et cette individuation gnostique qui advient dans la prodigieuse spirale de l'histoire universelle.

Avec, arrachée à la nuit et à la peur, notre liberté à conquérir.

A conquérir par chacun, certes.
A conquérir par notre espèce en s'arrachant à la glaise des atavismes et des déterminations.
A conquérir par les femmes, par les enfants, par les humbles et les exploités, par les handicapés, par les marginaux du sexe et de la vie, par les bannis et les rejetés.

A conquérir contre les inquisiteurs qui nous ont pendant des siècles traqués dans le goulot des ruelles.
A conquérir contre les négriers qui nous ont entassés dans les cales de leurs galions de mort.
A conquérir contre les intégristes de la morale et du scientisme.
A conquérir contre les ennemis de la lucidité et de l'intégrité de la personne.
Qui sous prétexte d'annihiler notre égo et notre mental nous
renvoient dans les limbes infantiles de l'obéissance et de la servilité.

Cette conquête émancipatrice pour la liberté et pour l'amour nous en portons tous le flambeau.
Elle reste d'une brulante actualité.
Elle reste un combat en chacun de nous contre les tentations de l'inertie et des lumières faciles.

Nous n'avons que faire des demi-dieux qui essaient de nous fasciner comme des proies pour nous entrainer dans leur mondes intermédiaires.

Nous n'avons pas traversé l'histoire, rampant laborieusement du ver de terre à l'hominitude, pour finir dans le sac d'un hypnotiseur d'âmes !

Nous leur préfèrons un éveil progressif, fait de fragilité et d'incertitude, mais aussi de la lumière acquise, intégrée, dense et modeste. Et d'un amour attentif au quotidien de soi, de l'autre et du monde.

C'est ainsi que j'apprécie ce travail tout exemplaire d'humilité de Mère.

Qui, bien que côtoyant tous les demi-dieux, et même les dieux tout court, se riait de leur morgue.

Et consacrait des jours et des jours d'entretien aux enfants, et des jours et des nuits intemporels dans la conscience inquiète et boréale des cellules.

Infusant dans le corps, entre deux soupirs douloureux, un nouvel inspir d'or et de confiance, pollinisant la fleur corpusculaire de nos cellules, et ouvrant, à tous, la Possibilité du monde à venir.