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03.02.2008

La voie ensoleillée ?

Je conduis la coquille de notre auto qui glisse presque sans bruit sur le ruban des routes de l'Aude. Jayanti et moi mettons toujours à profit ces moments pour échanger et partager ce qui constitue le pouls vivant et intense de notre existence : la question du nouveau monde et de notre ouverture participative à son avènement.

Tandis que se déroule le paysage si particulier de l'arrière pays audois, si riche en relief et en jeux d'ombre, il me vient des inspirations et des sourires intérieurs. Je reconnais ces flux mâtinés de tendresse comme des expressions particulières de l'être psychique. Cette source enchantée qui sait si naturellement dire Oui à l'univers.

Cette inspiration me souffle : et si les choses étaient plus simples qu'il n'y parait ?
Le monde est tout ensemencé et les nouvelles pousses germent partout. Il suffirait de s'étendre sur le corps de la terre pour entendre sourdre la pulsion des nouvelles radicules, la prodigieuse fabrique de nouveaux cotylédons du Réel.

Mais plus encore.
Car nous ne sommes plus dans la Promesse et l'Attente.
Il y a un Agrément dans la nature et dans la matière même du monde.

Un Oui ouvert et palpitant qui déjoue les rictus de cette étrange habitude qui consiste à habiller le Réel de nos vêtements de deuil.

Un Réel folâtre et enchanteur qui ne s'encombre pas de nos limites et nos morales, et qui n'hésite pas sous nos yeux à s'affranchir de nos tabous... spirituels !

Ce n'est pas un Oui sentimental et idéal qui en appellerait à nos vieilles alliances naturelles. Celles-ci tombent en désuétude et nous n'auront plus l'innocence et la beauté immanente des mondes anciens.

La levée qui s'annonce est portée par une Force-Conscience prodigieuse, une Shakti qui ébroue l'échine du monde en ses fondements originels et ultimes.
Et ce sont donc nos regards et nos visions qui seront bouleversés.

Car nos croyances figées dans le mortier du déjà connu ne sont pas l'Avènement.

Celui-ci se fait de toute part de manière inattendue, et souvent là ou l'on ne l'attends pas !

Sous nos yeux et avec notre participation consciente ou non, l'univers tisse de nouvelles matérialités composites intriquées de créativité et d'esprit.
Il bouleverse l'ordre du vivant, auto-décrypte les gènes en infusant nos regards, nos consciences et nos quêtes au coeur de la matrice fondamentale du vivant.
Il fabrique les nouveaux matériaux plus ductiles, plus conducteurs.
Il tisse, presque à notre insu, dans la banalités de nouveaux usages et des nouvelles technologies ludiques, un nouveau tramage d'espace et de temps.
Tandis que s'ouvrent de toute part les feuillets d'or des ultimes encodages, et que notre coupole atmosphérique physique et psychique s'échauffe à dessein, s'organisent presque magiquement les nouvelles capillarités entre les mondes de l'intentionnalité (virtuel), le monde physique et technologique, les pôles neuronaux et spirituels.

La vitesse avec laquelle ce vieux monde bascule dans cette mutance du réel est prodigieuse. Chaque paquet de dépêches de l'actualité nous éclabousse de la vague fraîche de cet Avènement continu et faramineux.

Le monde n'est plus dans les vieilles rengaines des complots et des coupables.
Il n'est plus dans les conspirations qui fermentent dans les moisissures de nos peurs.
Ni dans l'affrontement des purs Robespierre contre les impurs et les collabos.
Il n'est pas dans la rupture entre la nature et la société, l'occident et les autres, entre le capitalisme et les généreux, entre la techno-science et le retour à la nation des peuples du vent.
Ces fractures sont de vieilles histoires remâchées.

La Shakti entraîne tous les éléments dans sa danse pour les guérir au soleil du grand Oui.
Celui qui pulse enfin dans le coeur du monde.

Alors je vois ce sourire à travers le parebrise.
Là présent dans l'air, dans l'étreinte de cet instant que nous partageons sur cette petite route de l'Aude il y a comme le sourire de Mère, et la présence souverainement bienveillante de Sri Aurobindo.