« Le quotidien est la clef | Page d'accueil | Une vision »

12.10.2007

Le Chemin boréal

Je fais partie de ceux qui ont emprunté dès leur jeune âge, le coeur en bandouillère et le mollet gaillard, le chemin boréal et spiralé de la Quête.

Qui ont fait et refait les mêmes prières en langues diverses, grimpé le long des chemins ardus des ascèses, et dévalé en riant les vallées heureuses des extases. Avec dans le coeur toujours le même mantra palpitant et pathétique : pourquoi ?

J'ai médité en dhoti au bord du Gange, vivant dans un petit ashram, fasciné par les saddhus et les forêts imaginales et mythologiques indiennes. J'ai parcouru, halluciné de lectures et d'expériences rocambolesques les cités grouillantes, les villages ingénus, les temples redondants et les centres spirituels.

J'ai prié dans des zaouias soufies au Moyen Orient et en Mauritanie, le coeur emballé par l'appel matinal des mosquées, qui réverbére dans l'aube du monde visible le verbe opalescent de l'Unique. Les assemblées d'oraisons et de dhikrs nocturnes sous la coupole des étoiles ont régalé mon âme de célestes pâmoisons.

J'ai été serviteur et disciple de plusieurs Maitres, parfois d'écoles opposées, allant jusqu'à laver leurs sous-vêtements, portant leur malette, assistant avec dévotion à leur vie consacrée.

Je suis resté des journées auprès du Samadhi de Sri Aurobindo, à Pondichery, et lors de voyages oniriques me suis rendu souvent au Mausolée de Ibn Arabi à Damas. J'ai résidé à Jérusalem dans toutes les conditions, hébergé par des chrétiens arméniens, des palestiniens et des juifs.

Mais mon mantra du "Pourquoi" a toujours été assorti d'une condition : ne pas accepter la clôture d'une démarche exclusive et fermée. Dès qu'un Maïtre m'annonçait la couleur, c'est à dire que Sa Voie était la seule en réalité, la Véridique, je ne tardais pas à reprendre mes clique et mes claques et à repartir pour un autre chapitre de l'histoire.

A quoi bon en effet se consacrer à une quête d'universalité et d'ouverture pour s'enfermer dans une secte, une église, un message bornant le Réel à lui même et ne se donnant comme horizon que le sien.

J'ai toujours été allergique au cantonnement spirituel; ma quête n'a pas été celle d'une appartenance à un groupe, à une histoire, à une sécurité ou à une reconnaissance. Nombre de groupes m'ont proposé des "promotions spirituelles", des responsabilités, avec l'onction du Maître. Mais ces égards ne m'ont jamais séduit.

J'ai en effet toujours été gourmand de la diversité du monde, des êtres et des choses. Très tôt mon intérêt pour l'histoire, la philosophie et l'anthropologie m'ont donner le gôut des approches complexes, ouvertes et intégratives. La fréquentation de la nature et du jardinage ont consolidé ma compréhension du Réel, toujours étonnant et nouveau, bien que reposant sur une trame de lois constantes et cycliques.

Voilà bientôt 30 ans que je vaque à ces pérégrinations, avec toujours ma quête au coeur, plus que jamais gaillarde et faisant belle bombance d'aventures diverses, sans pour autant perdre la boussole du sens.

Contrairement à pas mal d'autres à la quarantaine, je n'ai pas fait le deuil de mes espérances, qui restent vertes et audacieuses. Bien au contraire, j'ai l'impression que cette "Queste" s'est bonifiée, a pris de l'étoffe, de la densité et du contenu.

Qu'elle s'est même enrichie d'une étrange teneur qui parle en moi clairement. Et qui me dis : c'est possible ! Oui petit c'est possible ! Tu peux développer ta relation spirituelle au monde sans t'aliéner ta liberté en avalant des couleuvres dogmatiques et ou en t'enfermant dans le rictus d'appartenances excluantes !

Oui mais alors sans rite organisé, sans direction spirituelle, ne va-t-on pas dare dare retomber en friche, en passant son temps à mordre la queue de son égo, à batailler avec sa compulsion au plaisir/haine, à se débattre dans la mare de médiocrité rampante et vaseuse du cerveau reptilien ? J'en connais quelques-uns qui se sont résolu à se laisser vivre, détendant l'arc de l'exigence intérieure, et se justifiant du fait que se laisser vivre c'est se laisser être, et que se laisser être...finalement...C'est un peu ce que tout le monde dit, non ? Les maitres Zen, les tibétains...Bon, chacun fait sa soupe comme il peut.

Mais je n'ai pas envie de relâcher l'arc intérieur. Au contraire mes courroies sont bien tendues, et tous les moteurs vrombissent avec ce beau bruit de mécanique en rut qui n'aspire qu'à accélérer pour de bon !