28.04.2008

La Joie

Je ressens cela avec beaucoup de force. Nous ne sommes pas des victimes sensibles et des êtres trop subtils condamnés à être affaiblis par notre expérience évolutive, condamnés à subir les convulsions d'un vieux monde violent. Ni les martyrs d'une transformation qui doit s'éprouver dans l'arrachement à la vieille peau de notre condition d'hommes.

Nous portons la contagieuse Radiance évolutive.
Elle irradie du fond de chacun de nous comme si nous avions avalé un bout de soleil.
Non seulement elle irradie, mais elle communique. Elle répète la nouvelle prière sans mots.
Elle se dit dans le silence, dans le métro, dans la rue. Elle passe le Mot de la contagion évolutive autour de nous,
elle chuchotte la Possibilité aux oreilles des voisins.
Bref elle flambe !

L'expérience évolutive de la Terre est une puissance qui nous emporte dans sa vague cosmologique, bouleversant la trame de nos structures mentales, vitales et physiques, elle détricote le vieil atavisme de nos rapports au temps et à l'espace.
En regardant sous le capeau de l'Expérience, universelle comme singulière à chacun de nous, on découvrira son sacré moteur de Joie Créatrice !
Nous pourrons choisir alors, comme l'enfant renversé par la vague, d'en rire ou d'en pleurer.

La contagion évolutive

J'ai le sentiment, de plus en plus vif, que c'est l'Expérience évolutive de la Terre qui se vit en chacun de nous. Que nous en sommes une expression particulière et unique, une facette de son incarnation et de sa transformation. Et que cette expérience prend sa source au coeur de notre processus concomitant d'individuation et d'universalisation.

C'est pourquoi, les contaminés intérieurs que nous sommes ont intérêt à se rencontrer ! Comme nous sommes tous des facettes de l'Expérience terrestre nous pouvons faire en sorte qu'à travers notre rencontre, l'Expérience s'enrichisse et se renforce, et nous renforce de cette synergie naturelle évolutive qui est celle des processus vivants.

Cette contagion ne passe plus par un canal privilégié qui nous entrainerait dans une fascination mimétique, comme nous le proposent inlassablement tant de gourous qui surfent sur la vague de nos immaturités. Nous en avons terminé avec les fascinations. Elle ne passe plus par la concrétion auto-centrée et auto-validée d'une expérience qui s'enfle pour nous entrainer dans son sillage.
La contagion évolutive nous invite à vivre entièrement notre expérience !

Etant chacun une activation singulière de l'Expérience nous pouvons découvrir dans la rencontre et les échanges avec des "activés" une opportunité évolutive de mieux comprendre à la fois notre singularité et notre vécu, de découvrir avec émerveillement celle de l'autre, et apprécier ensemble la richesse unitive de l'expérience terrestre qui se vit à travers notre diversité.

Dès lors je ne suis plus subjugué, ni écrasé par l'expérience de l'autre, mais enrichit à la manière du radium, par l'activation intérieure et la polinisation subtile et naturelle que suscite la rencontre et le témoignage de notre expérience commune et singulière. Cette polinisation se fait aussi dans la part silencieuse de la communication qui se développe naturellement par notre attitude de sincérité et de co-présence active.

Dès lors, en comprenant les choses ainsi c'est toute la donne qui change. Nous sommes tous, singuliers et originels, des morceaux de soleil en formation. En nous rapprochant les uns des autres, en nous rencontrant, dans la parole et le silence, dans l'émotion et et la beauté, dans la fragilité et l'incertitude, nous contribuons à l'avènement du Grand Soleil qui se lève sur la Terre.

Ouah ! Quelle aventure que ce projet Savitri !

26.04.2008

Uni-vers...

Voilà plusieurs mois que palpite en nous cet étrange couvain de feu.
L'Oreille collée à l'univers nous écoutons la pulsation rythmée dont l'écho bruisse dans la forêt des cellules.
Nous découvrons l'Expérience Terre tandis que s'épèle sous nos yeux émerveillés l'Expérience Univers.
Le monde n'est plus le brulis de nos espérances, mais la forge de l'expérience en devenir.
Tout se tient dans cette retenue du temps : le Présent.

L'Expérience !

Quand les graines de nos aspirations traversent les longs hivers
puis expulsent leurs cotylédons hors du terreau
pour les ouvrir au soleil !

Alors nous la sentons venir, la Force

qui fait ruer la mer dans tous les coquillages.
Et mûrir cet étrange miel dans les alvéoles de nos consciences !

Dans le galop cosaque du printemps
la voilà qui vient, crinière au vent,
nous délivrer l'Expérience !

18.04.2008

La nuit

Je cherche un autre feu pour tisonner chaque instant,
Pour embraser ma prière
et mon âme et mon corps
et faire flamber le soleil de ta présence
O Divine Splendeur !

Je vais chaque nuit par les chemins cendrés
portant l'humble manteau du quêteur
cueillir, dans la neige des étoiles
Tes brulants signes d'inconnaissance.

17.04.2008

Le Divin attracteur

Un dernier point pour parler de cette rectification qui m'a été si profondément salubre, et qui est en cours avec tant d'enthousiasme aujourd'hui, grâce au Projet Savitri.

Ensuite je ne reparlerai plus de Satprem...par les aspects ici évoqués!
Car je répète qu'il reste quelqu'un d'important. Et que ma critique reste affectueuse.
Mais j'estime légitime de traiter ces questions, et de témoigner de cette sortie d'un univers contradictoire qui m'a marqué et qui m'a entrainé dans une impasse.

Car je ne me suis pas contenté de lire !
Je suis parti sur les routes pendant presque vingt ans.
J'ai suspendu mes projets d'étude.
J'ai zappé les vingts premières années de ma vie professionnelle.
J'étais parti pour me mettre en marge de tout.
Arc bouté sur cette mutance, je suis entré dans un déni de moi-même et du monde.
Cela aurait pu m'amener dans un gouffre.

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Le "départ" de Mère est décrit par Satprem comme un scandale évolutif, provoqué en grande partie par l'environnement étroit et borné de l'entourage de Mère.

Cette histoire m'a laissé perplexe !

Tous les textes de Satprem vibrent de cette indignation, de cette mort impossible et jamais acceptée !
A la fin de l'Agenda, on peut presque palper l'attente dramatisée de l'irruption supramentale imminente ! Qui allait, à travers le corps de Mère, traverser toutes les résistances et faire irruption, enfin, et dégonfler la baudruche de ce monde infernal ! Et balayer, comme par magie la malédiction de cette fausse réalité !

Il y a quelque chose de tragique dans cette attente.
Et un refus révolté de la mort.
Refus qui semble aboutir à une impasse.

Dans un cul de sac nihiliste.

Qui renvoie dos à dos, le système, la grande Mécanique infernale, le bocal, et n'attendrait plus de salut que d'une sorte de tapasya cellulaire extrême, une mutation qui frapperait d'obsolescence toutes nos vieilles civilisations simiesques !

Cette façon de tourner le dos au Réel m'a fait perdre beaucoup de temps.
J'ai cru entrer, en envoyant valdinguer le monde pourri jusqu'à la moelle, dans le club des mutants du nouveau monde ! Dans le cercle étroit de ceux qui oeuvrent à l'accouchement de la nouvelle espèce.

Si je n'avais pas fait retour.
Si je n'avais pas décidé de détricoter cette "formation".
Et de remonter le chemin de mon histoire,
Pour revenir vers les fondamentaux.
Que serais-je devenu ?
J'ai rencontré beaucoup de naufragés sur le chemin de la seule aventure !
Bloqués dans un coin perdu de la forêt de Madagascar,
Echoués dans le cloaque d'une favella avec une marmaille à nourrir.
Recyclés dans des sectes ou des banques.


Mère et Sri Aurobindo, dans le sillage de tous les prédécesseurs, ont ouvert un passage pour la terre.
Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire jusqu'à leur dernier souffle.

La suite se fait maintenant partout et en tous.
Mais on ne défait pas avec violence la trame du temps.
On ne décide pas de changer la Mort.
C'est la Mort et le Temps qui changent.
Et ce changement est en cours.
Plus dans le corps de quelqu'un mais dans le corps de la Terre.

Car on ne procède pas par intrusion évolutive !
L'humanisation ne s'est pas faite d'un bond, mais par touches.
La "supramentalisation" se fait aussi par touches, par imprégnation progressive du monde, par infusion.
C'est une imprégnation formidable qui baratte le lait du monde à haute intensité.
Une imprégnation de Joie et de Force transformatrice.

Des millions d'hommes s'émancipent, des millions de femmes relèvent la tête partout.
Les droits humains et la dignité des personnes se glissent dans les temples, dans les lits, dans les cases des villages africains, dans les favellas...
Le pouvoir d'être soi-même et de changer sa vie s'étend comme un nouveau mantra.
Le Pouvoir d'émancipation est à l'oeuvre partout et opère sa divine contamination.
La relation au temps et à l'espace, à la texture fondamentale du Réel change elle aussi.

La danse du divin attracteur est à l'oeuvre !
Et nous sommes tous, et chacun en particulier, invités à y participer !

16.04.2008

L'Amour de la Terre

Il y a quelque chose de typique de la logique du complot qui me choque dans la lecture de l'Agenda de Mère. Pas dans la matière de l'expérience de Mère, mais dans l'environnement narratif et expérientiel créé par Satprem.
En disant cela je n'attaque pas ce dernier. Il m'a tendu la main, et m'a ouvert des portes.

Mais je me donne le droit de dire un malaise, et pourquoi pas, d'avancer encore dans la moelle universelle de notre commune expérience !

On a l'impression que l'expérience de Mère se serait faite au milieu d'une résistance farouche de toutes sortes de disciples et dans un ashram présenté comme un goulag ! Cet Ashram fondé par Sri Aurobindo et Elle-même, ancré dans leur énergie qui peut toujours se ressentir aujourd'hui, serait devenu un enfer ? Un piège de milliers de béni oui oui qui se serait refermé sur Mère ? En l'acculant au martyr et au scandale de "sa mort" ?

Ce qui m'ennuie dans cette histoire, c'est cet esprit de complot et ces conflits qu'on nous impose : celui de la mafia de l'ashram et ses sbires criminels, celui de la mécanique infernale du monde. Un monde objet de toutes les suspicions, tout juste bon à produire des camps de la mort et des horreurs. Et des demi-humains, drogués, tristes robots de la grande Mécanique. Un être humain tellement horrible qu'il faudrait s'arracher à sa condition dans l'urgence, s'extraire de cette incarnation du mal pour faire advenir un surhomme sauveur.
Dans le contexte et la présentation donnée par Satprem, je trouve quelque chose de prométhéen et de profondément révolté.

On sait que tout texte s'inscrit dans un contexte, qu'il est construit, posé en se distinguant. Et l'histoire de cet agenda reste encore à faire. Il reste à comprendre en quoi Satprem l'a inséré dans sa propre histoire tourmentée.
Il reste à savoir quelle est la part de son djihad et et ce qui constitue la Grande Histoire.

Car cela ressemble trop à un scénario connu ! Le fondateur qui deviendrait incompris de ces disciples et dont la patate chaude de l'enseignement interdit va être "sauvé" par un nouvel élu persécuté...Et le cirque recommence ! C'est un phénomène classique en anthropologie religieuse, et que l'on retrouve comme un mécanisme universel chez les Chiites en Islam avec l'Imam Ali par exemple, et dans bien d'autres mouvements... Rien de nouveau sous le ciel !

Oserai-je penser et ressentir autrement ?

Je regrette que l'émouvante expérience de Mère, puissante, terrible, fabuleuse, tellement hors norme, tellement au-delà du connu, mais si aimante pour tous, soit insérée dans cet écrin manichéen.

Jusqu'à la fin Mère a insisté pour assurer les darshan, aller sur le balcon, voir et rencontrer des gens du monde entier. Jusqu'à la fin Mère a fait le choix de l'évolution par l'humanité et dans l'humanité.

Se retirer hors du monde pour développer l'Expérience était à l'opposé de l'évolution. Mère n'était pas là pour reproduire une évolution élitiste à la Max Théon.

Un jour peut-être découvrirons-nous, avec un autre regard, le contexte de cette expérience évolutive, qui est d'abord une expérience d'amour pour la Terre.

Une expérience qui ne rejette personne, ni le système, ni le monde, ni les hommes, mais qui comprend que c'est avec tout cela et au milieu de tout cela que la transformation se fait.

Car cette transformation, c'est Elle qui la continue. En tous et à travers tous. Elle est à l'oeuvre depuis des millions d'années et s'accélère extraordinairement comme un mouvement de Possibilité et de Joie.

Un mouvement de Possibilité et de Joie qui ne se voit pas que dans l'écume, les souvenirs d'enfance, la forêt tropicale, les sèves, les extases naturelles, et dans l'opposition à la sous-humanité !

Elle est aussi et surtout dans les autres, dans les hommes et les femmes, qui sont chacun une métaphore de l'infini en prise avec le fini, et qui se battent douloureusement dans cette fournaise !

Elle ne se développe pas dans la carapace d'une expérience nombriliste, dans les cataractes d'états psychiques, dans la coquille de notre psychodrame personnel, par un "canal" individuel qui serait "le premier initié" ou le "premier sur-homme" ! Dire qu'il y a encore des crédules pour être grugés par ces vendeurs de tartes à la crème !

Elle se développe dans notre Reliance sur tous les plans.
Dans toutes nos fibres, tous les niveaux de nos êtres.

Notre travail alors est de vivre et de partager la fabuleuse aventure évolutive qui nous traverse et nous habite
comme une expérience de l'Amour et de la Joie en action, en soi, en l'autre, en tous.

Comment ne pas la partager ?

13.04.2008

La sexualité, deuxième partie

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Conscient des impasses, j'ai engagé un cheminement différent. J'ai décidé de ne plus jouer sur l'échiquier du bien et du mal, du pur et de l'impur, du spirituel et du non spirituel, des forces divines et des forces adverses. Je n'ai plus cherché à justifier le pas de tango de la quête du plaisir et des gouffres spirituels, en esthétisant cette danse comme un blues baroque et nécessaire.

J'ai changé le cap et la manière, pour plonger dans les eaux troubles et profondes de cet égo tant décrié, pour découvrir dans les grands fonds, les tristes épaves de mon enfance.

J'ai essayé de comprendre les aspects troubles et compulsifs de mon besoin sexuel, et ce coté impérieux et addictif qui pouvait me faire errer comme un drogué dans les rues à sex-shop, et cumuler les conquêtes, générer des attentes affectives féminines, brasser des corps et des coeurs jusqu'au vertige.

Pourquoi ce besoin était-il si harcelant ? Comment expliquer cette quête effrénée de jouissance alors même que j'avais lu tous les livres de transformation spirituelle, rencontré des maitres édifiants ? Qu'est ce qui m'habitait donc qui faisait de moi un tourmenteur et manipulateur des femmes qui croisaient mon chemin ?

J'ai petit à petit intégré que la sexualité avait été une sensation refuge pour l'enfant et l'adolescent maltraité que j'avais été. La jouissance sexuelle me permettait de pallier au vertige de mon angoisse en fixant un point d'ancrage de plaisir et d'ivresse qui était la seule issue pour échapper à un présent infernal. Pris dans les serres d'une belle-mère perverse et hystérique, enfermé dans un duel permanent et inégal avec un adulte malveillant, la jouissance solitaire restait mon seul territoire de liberté. En fonctionnant comme une soupape pour apaiser les tensions quotidiennes souvent terribles auxquelles je devais faire face jour et nuit.

Comment aurai-je pu me départir "spirituellement " de cette sexualité dans cette condition de mendiant d'amour, incapable que j'étais de résister à la moindre tentation, toujours avide d'attention et de caresses, mais aussi toujours inquiet de tomber dans l'emprise émotionnelle d'une femme, me défaussant intérieurement et cherchant à rester toujours maître du jeu.

Ce n'est pas un spirituel qui m'a ouvert les yeux, mais ma décision de traiter la souffrance cachée derrière mes défenses, derrière les lunettes de soleil de mon personnage de mâle habitué à prendre sur lui. A porter des poids avec le sourire, à endurer, à ne pas baisser son pantalon. A toujours considérer qu'il n'est pas si important de parler de ses souffrances et de ses émotions, qu'elles finissent par se tasser, et que tout va si l'essentiel tient la route. Alors on porte des poids toujours plus lourds, on entasse le linge sale dans l'armoire, on le compacte au fond de la conscience...Et la vie déraille en conflits, en pressions, en contradictions insoutenables, en engagements inconsidérés, en jeu de cache cache avec sa conscience.

On peut être très spirituel extérieurement, aller à des méditations, édifier les amis par ses connaissances, se la jouer avec une facilité déconcertante.

Je suis allé finalement consulter une psychiatre. Une pure et dure, du genre que les spiritualistes n'apprécient pas. Une pour laquelle il ne suffit pas de pleurer, et de faire pleurer son enfant intérieur, comme si l'expression des émotions pouvait nous économiser l'exigence de la lucidité. Une qui ne donne pas des baumes d'amour provisoires et des coups de baguette magique et des mantras. Pas une psychothérapeute des symboles, des complémentarités, des noces alchimiques de l'être. Mais une psychiatre qui travaille sur la lucidité, la perversité, les non dits, les violences, les chancres affectifs et les démangeaisons que l'on cache. Sur ces tiques qu'on croit pouvoir arracher soi-même. Mais en réalité tellement bien plantés qu'on ne peut plus extraire leurs têtes entêtées qui restent bien fichés au coeur de nos abcès muets.

Ce que m'a fait comprendre cette psychiatre, c'est l'énorme pouvoir de contrôle que j'ai appris à développer pour survivre au quotidien de la maltraitance enfantine. J'ai du arrêter de pleurer tout en recevant des coups douloureux, j'ai du sourire quand mon coeur et mes tripes pleuraient, j'ai du apprendre à ruser et à mentir pour éviter la douleur et la souffrance tellement injustes. J'ai du me créer une carapace terrible et emmurer le gamin sensible que j'étais.

Heureusement mon histoire spirituelle a relayé ce cauchemar, et m'a donné les ressources et les ressorts pour rebondir. C'est ainsi que j'ai pu quitter le domicile familial avec la genèse du surhomme de Satprem dans mon sac. Dans le souffle révolté et la fièvre des stances satpremiènes je trouvais les moyens de vivre ma propre génèse d'homme. Pendant des années j'allais jouer ma vie sur une scène sous contrôle, gérant mes émotions même dans des thérapies émotionnelles, développant une personnalité forte et très riche, sentimentalement bariolée et redoutable prédateur de femmes.

J'ai du faire un retour à cette partie de ma vie, retourner sur les traces de ce petit garçon sensible et mal aimé. Et réintégrer des pans entiers de mon histoire, des pans douloureux. Il a fallu remettre à jour la relation avec ma belle-mère pour sortir de cette mémoire blessée et retrouver en elle, la simple et douloureuse femme qu'elle avait également été.

En la reprenant dans mes bras comme une personne, en comprenant la dévoration maladive de sa propre enfance maltraitée, en lui pardonnant du fond du coeur, j'ai pu voir plus clair dans les eaux troubles de cette histoire. J'ai pu comprendre mon noyau de peur cristallisé dans ma relation aux femmes.

Pendant des décennies, et l'Afrique m'a enfoncé dans ce travers, et le libertinage "tantrique" également, j'ai vécu, sans m'en rendre compte dans la peur et la manipulation de la gente féminine.

Les femmes que j'ai connu ont été des pansements de mon mal d'amour vertigineux, des compensations éphémères, tenues à distances par les jeux du plaisir et mes peurs si fondatrices qu'elles m'étaient invisibles.

Grâce à ces réponses, mais également aux remarques d'amies attentionnées, j'ai pris conscience de ma confusion. J'ai compris que malgré ma présentation intellectuellement brillante, ma posture spirituellement volontaire et le panache avec lequel je défendais ma cause et mes idées, j'étais resté un nain affectif tourmenté et manipulateur. Que toutes ces femmes que je prétendais aimer n'étaient que des fantasmes et des jeux de mon égo affectif et érotomane.

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Je réalise avec le temps que c'est un travail de longue haleine. Que c'est une lente déprise d'un faux moi construit sur des souffrances. Et que pour faire fondre ce masque il faut de l'amour et de la patience, comme quand on retire un pansement d'une plaie vive. Il faut apprendre à dépasser la culpabilité, à être bienveillant vis à vis de soi-même, et faire appel à des aides neutres et compétentes.

La sexualité n'est plus pour moi une source de tourment. Elle n'est plus une fixation, ni un bouclier dans ma relation aux femmes. En fait elle se transforme dans une relation plus intense et pacifiée avec l'univers. Elle ne passe plus forcément que par les organes sexuels. Elle devient un "rasa" du coeur, même si elle n'exclue aucune partie de mon corps.

J'ai toujours des lambeaux errants de formations vitales et mentales qui me traversent parfois, me rappelant à ma modeste condition d'homme. Je travaille à tamiser encore ces contenus dans la compostière universelle. Je dois toujours clarifier mes choix, éviter le flou dans lequel j'ai vécu si longtemps.

Je dois assumer également des enfants, des relations qui ont pâti de cette histoire. En restaurant avec eux une relation plus authentique, et plus respectueuse.

A mes yeux ce travail fait partie intégrante de la voie évolutive. Et chaque pas vers plus de conscience et de lucidité est un pas pour l'ensemble du grand corps terrestre.

Je suis également devenu plus tolérant, et comprends mieux la complexité qui nous habite tous. Je réalise combien la souffrance est un marqueur commun, et que le sexe est souvent relié à ce point de fragilité et d'angoisse qui nous fonde.

Et que l'explorer dans sa vérité et sa crudité, c'est aussi avancer dans la voie spirituelle évolutive !

12.04.2008

La sexualité, première partie

En remerciement à Pascal, pour avoir parlé si naturellement de la sexualité, dans un environnement de pratiquants spirituels ou cette question est souvent taboue !

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Et quel tabou ! Une hypocrisie générale suinte sur les étals de livres qui encombrent les rayons ésotériques et spirituels. Réincarnation, karma, 7 ème rayons, ascension...

La fréquentation de milieux spiritualistes de tous bords a souvent provoqué ma perplexité. En dehors du partage de "l'essentiel", qui se situe en général au dessus du pantalon, le sexe est un fantôme qui reste souvent au placard !

On réalise vite, que même enfermé à double tour, il fait tourner les têtes, et que son ectoplasme est omniprésent. Quand on étudie un peu la question, et les milieux, on réalise que la petite bète démange pas mal de monde quoiqu'il en paraisse.

Et que souvent, moins elle apparait, plus elle démange ! Plus tard, j'allais comprendre, qu'elle ne démange pas seulement les disciples, mais, en secret également, pas mal de maitres et sous-maitres de tous bords !

Très tôt j'ai été confronté au vif de cette question. J'ai grandi dans un milieu populaire d'immigrés maghrébins, ou le sexe bien qu'entaché de honte, et réservé à la sphère privée, était considéré comme un facteur de santé sociale et spirituelle !

Mais voilà, mon intérêt précoce pour les questions essentielles m'a rapidement confronté aux discours castrateurs des grands spirituels. Comment ? Cette pulsion de plaisir serait donc une malédiction ? Il faudrait la mater, la juguler, la dépasser ? La transformer ? Oui mais comment ?

Les théosophes n'en disaient presque rien ! Experts en détails sur la vie après la mort, sur le civilisations disparues, les sous-races et les annales akashiques, ils ne nous disent rien sur le sexe, en particulier sur la façon dont ils s'en seraient eux-mêmes émancipé !

Je cherchais en vain chez les anthroposophes, rien non plus sur la vie sexuelle de Rudolf Steiner, histoire de donner quelques lignes de conduite ! Mais pourquoi n'a-t-il pas exercé sa clairvoyance pour nous élucider cette question ? La vie subtile des abeilles et des hyperboréens est passionnante mais le sexe, quand même ?

J'appris plus tard que le grand corps de la Société théosophique avait été secoué de nombreux scandales sexuels. Que le spécialiste de la réincarnation, le cher Leadbeater, était amoureux de la carnation moirée des jeunes garçons indiens. Il prétextait étudier l'aura des jeunes prétendants au statut de Christ cosmique et dénicher le nouvel avatar, pour faire ses petites affaires et rémunérer les parents conciliants.

C'est d'ailleurs de cet examen qu'est sorti premier le jeune Krishnamurti, dont on sait la carrière et le désintérêt complet pour les questions sexuelles de ses disciples tourmentés.

Je découvrirai plus tard que le cher Gurdjieff imposait des fellations à ses disciples admiratrices, et que Carlos Castaneda sombra à la fin de sa vie dans un délire maniaco-sadique, maltraitant et abusant ses disciples...

Mais tout cela et tant d'autres frasques, menteries et faux-nez de faux maîtres me seront révélées plus tard...

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J'étais donc un adolescent fort encombré par ce geyser de vitalité hormonale qui me m'exaspérait les parties intimes et me rendait la vie impossible ! Et surtout m'entrainait à rebours de mes pratiques spirituelles !

J'essayais toutes sortes de solutions ! Le Hatha Yoga que je pratiquais la nuit, dans ma chambre, en veillant à ne pas réveiller mes frères ! Avec une lampe de poche pour lire mon manuel de postures, je me contorsionnais les muscles, en recherchant les meilleures positions pour juguler le flux coupable. Avec consternation je constatais qu'au lieu de réduire mon énergie et de la transformer en spiritualité, j'avais encore plus de vitalité et de fièvre érotique !

Je me jetais alors dans les mantras et dans la lecture de swami Ramdas ! Ah voilà un spirituel pragmatique ! Jaï Ram, Jaï Jai Ram, rien de tel que les coups de cloches du Saint Nom pour orienter dans le bon sens ma compulsion intempestive au plaisir ! Je prenais le bus avec Swami Ramdas, allais aux courses avec lui, et récitais mon chapelet avec tout mon coeur. Cette "période" a été un vrai bonheur, et mon esprit a connu quelques expériences dévotionnelles qui me restent aujourd'hui comme des grâces particulières. Je garde dans ce sens une tendresse et une affection pour Swami Ramdas et ses carnets de pélerinage. Mais malheureusement je restais avec le problème de mon égo érotomane, dont les éclipses momentanées auguraient toujours des retours redoutables. Des marées de fantasmes m'emportaient pour me laisser naufragé dans la tristesse de mes glandes apaisées !

Sri Aurobindo, Mère et Satprem, il faut le reconnaitre ne m'ont pas été d'un grand secours. J'en étais arrivé à penser que je devais être d'une nature particulièrement disposée à la fornication ! Le climat méditerranéen de mes ancêtres, la libéralité du monde musulman peu porté à l'ascèse sexuelle, mon éducation dans des quartiers populaires salaces, tout cela avait fait de moi un pauvre sysiphe tourmenté, condamné après chaque défaillance à remonter le boulet de sa pénitence. Sûr que le serpent lové dans mon ventre allait bientôt avoir le dessus sur toutes mes aspirations.

Ah j'eusse aimé que Satprem ne partage pas seulement sa rage évolutive mais ses tourments du corps ! Avec son talent il m'aurait tendu la corde et j'aurai pu grimper hors de cette arène jouissive et infernale. Mais non. J'étais seul, pris dans le tenaille de ma contradiction.

Mes années de jeune homme ont été marqué par de nombreuses expériences lumineuses, mais aussi par ce jeu d'ombres troubles. Je n'arrivais pas à m'extraire de la fascination des beaux déhanchements chaloupés, des têtons devinés, des minois tentateurs.

C'est Ramakrishna qui m'offrit une solution. "Tu est tenté par la gourmandise, et bien mange, mange tout ce que tu peux rêver de manger, baffre toi mon petit jusqu'à satiété, jusqu'à ce que l'envie, épuisée, te quitte enfin et te libère !" Je décidais d'appliquer cette recommandation à mon problème. Le problème, c'est que l'envie ne s'épuisait que pour quelques jours, et me redémangeais de plus belle !

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Je me souviens avoir rencontré dans à cette époque, alors que je fréquentais les milieux rosicriciens, un homme remarquable de dévouement et ardent pratiquant. Un soir que nous prenions un pot, il me fit part de son malaise sexuel. Il m'expliqua que malgré toute sa bonne volonté, il était régulièrement traversé de pulsions et d'obsessions, et ne trouvait de solution, étant célibataire, que dans la fréquentation régulières de prostituées. Il me fit comprendre, en retenant ses larmes, que cette situation le torturait. Et que sa pratique rosicrucienne ne lui était d'aucun secours. Il me demandait donc conseil. J'étais à cet époque auditeur libre à l'université de Lyon, partageant mon temps entre des cours de littérature et de philo. J'étais environné par une petite constellation d'étudiantes décomplexées, et m'accommodait sans remords d'une vie sexuelle diversifiée. Je l'encourageais, en citant Ramakrishna, à satisfaire légitimement et complètement ses pulsions sans remords et sans culpabilité, en lui faisant comprendre que ce n'était pas la sexualité qui était malsaine, mais la culpabilité et la honte qui l'habitaient. J'ai tellement été frappé par la détresse de cet ami, que je l'ai un peu aidé à sortir de son confinement psychologique malsain. Quelques semaines plus tard, il avait changé d'attitude...et trouvé une amie !

J'ai rencontré un cas similaire en Côte d'Ivoire. Je résidais alors chez un homme remarquable, de belle prestance, fortuné, membre "haut gradé" de plusieurs obédiences initiatiques, érudit, passionné de spiritualité et célibataire. Je partageais avec lui des soirées fabuleuses sur la réincarnation, les égrégores, les phénomènes psychiques, les qualités intérieures... Un soir le masque lui tomba et mon ami me fit part de sa détresse et de sa solitude sexuelle. Entre masturbations et appel aux prostituées, il était dévoré de honte et de culpabilité ! Et vivait dans un profond malaise son statut de membre haut gradé.

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Bon, il faut bien s'y résoudre, nous ne sommes pas tous des athlètes de la supraconscience !

On ne peut pas rejeter la sexualité par devers soi, c'est évident ! De quelque manière qu'on la repousse, elle revient plus tenace ! Rejetée par la porte, elle revient par toutes les fenêtres à la fois !

En se coupant de son énergie, on finit dans le reniement, la culpabilisation, le désamour et la haine de soi.
Ma vie dans des organisations comme Ananda Marga, la fréquentation des monastères et des zouias m'a conforté dans l'idée que l'on ne peut vivre sainement dans le déni du sexe.

Chez Ananda Marga par exemple, organisation tantrique intéressante, nous devions nous serrer le crabe dans une bande de tissus fermement attachée ! Une pratique courante dans les écoles de Yoga et les monastères en Inde, notamment chez les sannyasins. Inutile de vous dire que cette castration m'a rebuté, même si la perception des énergies d'attraction mâle/femelle que nous dévoilait la pratique intensive du yoga était fort instructive !
- "Tu vois petit me disais mon mentor d'alors, les femmes sont des bombes hormonales, et ont une attractivité magnétique 70 fois plus puissante que la notre ! Nous sommes comme une tablette de beurre à coté de leur feu attracteur, on fond instantanément ! Quelle aliénation"!

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J'ai vécu au rythme de ce balancier contradictoire pendant de nombreuses années ! Comme quoi on s'acclimate !
Bien sur j'ai connu beaucoup d'autres choses et ma vie a été riche en aventures de tous ordres, et de rencontres et d'expériences spirituelles. Mais pendant longtemps je me suis résolu à gérer le balancier, à minimiser le débat intérieur, conjuguant vie sexuelle chaotique, conquêtes féminines, et vie spirituelle en séparant tantôt les deux par un mur étanche, tantôt les mêlant allègrement !

En les mêlant grâce au tantra ! Ah quelle bénédiction que cette Margo Anand ! Et ce divin Osho !

Pour une fois un Maître spirituel d'envergure tendait un pont entre les aspirants de mon genre et les hauts sommets de l'esprit. Un pont fait d'autres choses que d'injonctions morales et de préceptes édifiants, de culpabilisation et de défaites ! Là on avait des techniques précises, on reconnaissait notre polymorphie sexuelle, les émotions greffées sur la soupape de la cocote sexuelle dès l'enfance, la légitimité enfin de vivre à fond le problème pour le dépasser. Je devins un pratiquant des méditations, j'appris à cogner ma rage contre des édredons, et à renaitre au monde en glissant à quatre pattes sous la robe de ma thérapeute ! Fichtre ! Quelle époque ! J'appris à ritualiser la sexualité avec un environnement sacralisé, à partager des massages subtils, à retenir ma semence en surfant sur la crête mousseuse du plaisir.

Un soir mémorable de cet époque, j'entrais à pas de loup chez une amie étudiante en psycho, car il ne fallait pas éveiller ses parents. Là, dans le désordre de sa chambre de jeune gauchiste férue d'antipsychiatrie, nous nous sommes jetés dans des ébats furieux, mais conventionnels. Nous activions nos capteurs sensoriels mutuels, nous pourléchant comme des bètes, et j'allais laisser, après la sienne, exploser la grenade orgasmique de mon ventre quand je fus littéralement arraché à moi même et catapulté dans le cosmos !

L'explosion n'avait pas commencé au point habituel situé près du sacrum en suivant le canal court jusqu'à son embouchure éjaculatoire.Partie du même point elle avait grimpé tout le long de la colonne vertébrale, déployant une sorte de geyser de feu qui a finit par m'emporter dans une autre dimension.

Je me sentais à la fois décorporé, mais présent à mon corps qui semblait électrisé comme une puce électronique en surtension. Il grésillait littéralement. J'entendais de l'intérieur ce grésillement étrange. Je rentrais dans mon corps comme un dauphin, pour en ressortir en roulant des roulades dans l'océan boréal du monde. Je me dilatais en un clein d'oeil à la dimension d'une galaxie et me rétrécissais à ma guise à la portée d'un oeil de fourmi. J'étais poreux, fluide, ductile, caoutchouteux, sableux, souple, tout à la fois.

Ma copine fut décontenancé par mon indifférence et ma passivité. J'étais incapable la nuit durant de bouger. Ni ne supportais que l'on touche mon corps.

Les jours suivants j'étais encore grésillant. Mes amis tantriques fêtèrent ce qu'ils considéraient être l'éveil de ma kundalini !

J'avoue avoir trouvé dans cette expérience quelque chose de nouveau et de nourricier. Je ne parvins jamais à la renouveler à ce niveau. Et elle reste dans ma mémoire comme une vraie petite mort initiatique. Une introduction à la grande à venir.

Je cru bien en rester là, dans l'environnement ouaté de bien être des disciples d'Osho, mais c'était méconnaitre le destin. J'avais été piqué par le taon de l'évolution, et les figures de Mère, Sri Aurobindo et satprem réapparaissaient régulièrement dans ma conscience. Quoi ? Ainsi donc c'est ça que tu cherches mon garçon ? Un petit tour cosmique sur ta fusée sexuelle et le tour est joué ?

Je n'allais pas en rester là car l'Afrique allait me prendre à bras le corps !


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C'est l'Afrique tellurique, déhanchée et femelle qui m'a emporté dans sa danse matricielle. Impossible de rester sur la touche avec un glaçon dans la pantalon ! Quoi de plus naturel et bon que la sexualité ardente, primaire et généreuse telle qu'on la connait dans les pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest ? Dans certains villages du Sud de la Côte d'Ivoire dans lesquels je faisais des tournées pour une compagnie d'ananas (!), j'étais accueilli par le chef du village et les notables. On m'octroyait une maison de passage, et une jeune fille, parmi les belles du coin pour me rendre le séjour agréable ! Passé la première gène du néophyte, la confusion et la surprise, je me suis accoutumé à cette pratique en constatant que les filles rivalisaient jusqu'à se battre pour s'offrir une place dans mon lit !

Dans ce continent vital je fus invité à tous les extrêmes. J'y résistais d'abord car j'étais en Afrique pour lutter contre la pauvreté. Je résistais, mais ma résistance déchainait les imaginations de mes prétendantes. On me harcelait, s'introduisait dans ma chambre, poussait des roucoulements hormonés irrésistibles. Mes cablages éthiques finirent par céder et me je laissais vivre à l'africaine. Au fond, n'étais-je pas, par mon père marocain, un africain légitime ?

Je fréquentais assidument les bauges et les cabarets les plus populaires des nombreuses villes africaines. J'expérimentais les kamasoutras de l'humanité avec des copines généreuses et affriolées par le sexe. Je m'enfonçais avec elles dans les eaux les plus troubles. mais au lieu de me sentir coupable, je me sentais régénéré, revivifié, avec le sentiment de m'être débarrassé de cet esprit tortueux et coupable typiquement européen qui commençait à faire son nid de serpent malsain au coeur de mon esprit.

Là aussi, un moment est venu. J'ai compris que ce tourniquet charnel et vital pouvait m'entrainer vers quelque chose d'irrémédiable si je n'y mettais pas un terme. Un feu orange puis rouge a commencé à clignoter dans ma conscience. J'ai compris que la pente devenait glissante, et qu'en m'aventurant plus loin, j'allais être pris dans une boucle involutive et régressive. De celles dont on ne revient pas !

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Pour retrouver un axe spirituel en Afrique je n'avais pas beaucoup le choix. J'avais connu le vaudou togolais et béninois, et y avait vécu de belles expériences, mais là encore la charge sexuelle et tellurique était très forte. Je fus invité par un ami ghanéen magicien à créer avec lui un centre de prestations occultes au coeur du pays ashanti. Nous y développerions des activités rituelles pour les amis hauts placés de mon partenaire qui assurait déjà un suivi personnalisé à des ministres et des chefs d'états. Non décidément, je décidais de tourner le dos à la côte africaine et montait vers le Nord en mettant le cap vers les confréries soufies.

Quelques mois plus tard j'arrivais au Sénégal dans un des haut lieu du soufisme africain. J'y fut accueilli comme un invité de marque. J'espérais y trouver un havre de paix, de méditation et de prière. On m'offrit de loger dans le cercle familial du marabout, dans une chambre luxueuse, tandis que ces disciples, un bon millier, dormaient dans des cabanons ou des paillasses. Dès les premières nuits j'entendis des grattements à ma porte. De belles sénégalaises, dodues, pomponnées, aromatisées aux meilleurs parfums de France et membres de l'entourage direct du grand marabout, aspiraient à se glisser discrètement dans mon lit ! Les refuser eut été une offense ! Je passais mes journées à étudier les sentences spirituelles, à écouter mon marabout, à pratiquer les prières, à chanter le Coran. Mes nuits étaient vouées à la luxure irrésistible de mes voisines, dont les appétits trop longtemps retenus se régalaient de mes savoir-faire tantriques.

Après une année, je décidais d'aller en Mauritanie, vers le désert, les femmes voilées, le soufisme pur. J'y trouvais une vraie source spirituelle, mais ancienne, traditionnelle. De celle qui voile les femmes et cache les pervers pour le maintien de la paix sociale. Je ne trouvais pas là de réponse à mes questions mais un cadre rassurant et protecteur, avec une spiritualité bien corsetée et hiérarchisée. Bref, une concrétion du passé.

C'est en rentrant en France que j'allais prendre les choses par la racine. Et comprendre vraiment la question sexuelle.

Je me suis d'abord ré-accomodé avec le milieu du tantra. J'ai été à nouveau un ardent pratiquant de cette orientation, en la pimentant par des apports de rituels "rouges".

Ensuite j'ai étudié la question plus profondément, histoire de muscler mon argumentaire intellectuel. J'ai compris que les identités, à la faveur des récentes libertés acquises, se découvrent des appartenances sexuelles diverses. Le genre ne recouvre plus la différentiation traditionnelle des sexes, mais éclate en poly-sexualités paradoxales. C'est Alain Daniélou, l'indianiste shivaïte qui a éclairé ma lanterne, C'est aussi la lecture des anthropologues, des ethnologues et des théoriciennes féministes. Et mon vécu chez les touarègs, dans des villages peulh, chez les pêcheurs awana du Ghana, chez les marabouts du Sénégal, sans oublier la fréquentation des courtisanes mauresques, voilées et libertines.

Mais toutes ces idées m'ont surtout propulsé vers le libertinage ! J'ai découvert dans la mêlée des corps nus et des désirs affranchis une sorte de métaphore de l'état de nature, une extase sensorielle collective, au-delà du moi et du toi, dans le tout de nos sensations réunies ! Mieux encore, ces sabbats me permettaient de plonger dans notre communauté universelle organique, dans la langue primaire des caresses anonymes partagées unissant mâles et femelles dans l'unité primordiale et non-mentale du plaisir brut et pur.

Je me croyais alors affranchi. Quel leurre !


Suite à venir...

11.04.2008

Lignes de front en pratique

Mettons-nous bien d'accord, nous ne sommes pas dans la littérature, mais dans la pratique !
Nous ne sommes pas là pour verboter dans la mare des mots, mais pour agir,
pour entrer les yeux ouverts dans ce qui vient.

Chaque jour, entre les obligations quotidiennes d'une entreprise française, le suivi et le développement de la filière de fonio en Afrique (30 salariés), une centaine de paysans producteurs, les recherches de financement, les aléas de l'administration...la vie quotidienne, les questions d'argent, les attentes affectives, nos merveilleux enfants de famille recomposée...il faut faire front !

Faire front pour que toutes ces activités quotidiennes soient converties en énergie de conscience, en croissance, en évolution. Que ces activités, ces petites réussites, ces blocages, ces résistances, ces épreuves soient offerts avec dévotion à la Conscience qui grandit en nous, pulse dans nos corps et se déploie sous nos yeux.

Pour que les ferments de conscience de ces activités humbles et laborieuses traversent le treillis illusoire, et relie nos êtres ingénus et radieux à la cosmogénèse évolutive.

Ou en sommes-nous dans nos pratiques ?

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Le premier front engagé est comportemental.
C'est notre attitude quotidienne au jour le jour qui est le marqueur de notre ligne de front. De notre alignement intérieur. C'est sur cet indicateur que se mesure non seulement les intentions et les bonnes volontés, mais également l'intégration en profondeur de notre pratique. Pas de supercherie possible dans la vie quotidienne !

Le constat est simple : la mesure est dans la constance de notre attitude.

Cet équilibre intérieur est le fruit d'un travail en profondeur sur le passé personnel, l'histoire de vie, les blocages relationnels au quotidien, la réconciliation intérieure avec l'enfant, les parents, les blessures, les relations aux autres...C'est le travail de toutes ces petites remises en causes minuscules : travers comportementaux, irritabilité, réactivité, projection, colères, auto-justification, infantilisme, irresponsabilité...

Pas dans une optique de jugement, de censure ou d'auto-censure, mais de retrouvailles et de guérisons profondes avec les parties de nous-mêmes blessées, humiliées, non reconnues. Avec nos vulnérabilités, nos fragilités, nos incertitudes.

Il s'agit d'amour de soi, tout simplement.

Dès lors que l'on se met véritablement en cause, en ne se contentant pas des remèdes miracles que certains veulent nous proposer ou nous vendre, l'avance se fait. C'est une avancée lente, caravanière, parfois douloureuse. Et parfois un bon psychiatre est plus utile que n'importe quel thérapeute holistique ou channeleurs de bonnes nouvelles !

C'est humble et extraordinaire : car chaque petite conquête de conscience est un pas de plus pour le monde entier !

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Le corps conscient

Notre corps - notre champs corporel et énergétique - est aussi à faire bouger sur ses lignes.
Si un des premiers pas est dans l'alimentation et la désintoxication, il est aussi dans l'attitude lors la préparation des aliments et des repas.
Depuis quelques temps nous pratiquons des exercices intensifs dans une salle de sport !
C'est amusant de se retrouver au milieu d'une faune fitness et musculation ! Mais ça va vite, et j'ai rarement vu des gens aussi motivés ! Leur motivation à mouliner du mollet, à ramer dans le vide, à faire gonfler les biceps est spectaculaire et contagieuse.
Le seul hic est la musique stupide et saccadée qui nous est déversée pendant les exercices. Nous y avons pallié avec des baladeurs bourrés de mantras !
Nous ne sommes pas adeptes du fitness, mais c'est bien pratique pour un décrassage radical !
Nous y associons progressivement des pratiques énergétiques combinant des exercices de hatha-yoga, d'énergétique taoiste, et de mouvements spontanés accordés avec des mantras.
S'y ajoutent des massages énergétiques avec récitation du mantra de Mère.
Et des marches conscientes en relation avec les intelligences naturelles (plantes, arbres, sources, paysages...).


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Les jours qui passent : les grandes lignes de notre chantier Agenda de Vie.

Vivre comme ça, à l'impulsion, au ressenti, en se basant sur sa loi intérieure, mon oeil !
Nous avons donné à ce genre de chimères !

Je me souviens d'une conversation avec un ami anarchiste spirituel de tendance bouddhiste. Milarepa n'avait pas besoin de Maitres ni de loi me disait-il et les maitres taoistes étaient libres de toutes les constructions religieuses et monastiques. Il m'expliquait, tout en remplissant le cendrier de mégots, croire dans la justesse de son ressenti, être à l'écoute de son intuition et de sa spontaneité intérieure. Ces adeptes du chaos transcendantal, ces dilettantes spiritualistes deviennent souvent aigris et désœuvrés avec le temps, en prise avec leurs émotions et leurs projections qu'ils n'ont pas pris en main.

Comment faire ? Nous ne nous reconnaissons ni bouddhistes, ni hindouistes, ni chrétiens, ni musulmans, ni paiens, ni rien du tout. Nous sommes des enfants de la Matrice évolutive. Nnous sentons ses spires vivantes s'enrouler et croitre dans nos profondeurs, dans notre réalité corpusculaire et cellulaire, aussi bien qu'elle nous apparait de plus en plus intelligible dans la réalité qui nous entoure.

Car nous ne vivons pas dans un ashram ! Nous sommes au coeur du malstroem, de la turbulence qui compresse nos temporalités dans l'urgence et la nécessité.

Pour ne pas rester en friche, nous avons créé un cadre pour faire en sorte que chaque jour de la semaine s'enroule dans le pignon correspondant de la semaine suivante dans une dynamique de croissance évolutive continue...

C'est ce que nous appelons notre Agenda de Vie, une approche "intégrale" pour faciliter la pratique quotidienne :

- Le lundi, jour d'accord lunaire, lignages, ancêtres, hommages aux défunts, ascendants et parentèles
- Le Mardi, jour martial, résolution des conflits, affronter les crises, les non-dits, se réconcilier
- Mercredi, jour d'Hermès, connaissance, gnose, étude, symboles nourriciers
- Jeudi, justice, bienveillance, aller au devant des autres, pacifier
- le vendredi, arts et amour, poésie...
Vendredi soir, lecture de Savitri, harmonisation, chant du mantra de Mère, cristallisation du projet Savitri
- Samedi, organisation, cohérence de vie, plannification
- Dimanche, célébration solaire

C'est là un petit sommaire. Nous nous attachons à le pratiquer et le vivre. L'élaboration de l'Agenda de Vie est un travail en cours.
Nous pouvons en partager les éléments avec ceux qui le souhaitent.

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09.04.2008

Le Projet Savitri

"Et cette petite barque de nos espérances et de nos défis qui continue de descendre les rapides de la vie , on dirait presque : " y a t il un pilote...?"

Merci Xavier !


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Presque chaque jour, une nouvelle lettre arrive.

Trois mots griffonnés sur une feuille...Parfois un chèque de soutien,
ou comme hier, un recueil de poèmes !

Un petit réseau s'étoile, des lucioles se rencontrent...
avec pas d'autres prétentions
que notre vécu au raz des pâquerettes !

Dans le brouillard du monde, nous avançons,
qui sur sa pirogue, qui sur son orque, tandis que d'autres déboulent à la nage !
Avec la petite lumière du dedans qui nous reste
au milieu du naufrage des grandes constructions du passé.

Dans les décombres des vieilles religions
et des vendeurs d'ice-cream spirituels.

Hé Ho ! y a quelqu'un ?

Tiens, salut Xavier, salut Pascal ! Salut Andrée !
Et tant d'autres encore qui rapprochent leur barques, leurs montures, leurs voiliers, leurs condors !

Mais alors, on est donc quelques-uns à ramer dans la brume des intermondes ?

Il y en a tant que ça des irradiés de la conscience ?
Contaminés par l'expérience évolutive ?
Brûlés par la quête du grand Sens ?

Alors parfois derrière mon épaule droite,
ou mon épaule gauche, ça dépend, j'entends un chuchotis :
oui, oui ! oui, oui, oui ! Allez allez ! vite, vite !

Tout cela pour dire que la Lettre n°2 se prépare !

La grande cordée supramentale

Certains jours,
alors que tous les indicateurs du travail de conscience semblent positifs,
arrive, déboulant d'on ne sait où,
l'inexplicable Opercut du Contraire.

L'accident, la douleur, l'épine d'une mauvaise nouvelle...
le résultat terrible de l'examen médical.
La fatale blessure qui suspend notre vol.

La douche de fiel qui vrille le soleil du présent
en torsades insoutenables.

L'éclipse qui nous drape dans l'effroi sans mots.

Ce pouvoir de décolorer instantanément l'existence
et de nous jeter, en quelques secondes,
dans la fosse aux lions des angoisses
est prodigieux.

Il ne reste que le pouls accéléré et rien d'autre.

Plus on avance dans la Quête,
plus le pouvoir du Contraire se renforce.
Moins il prévient son annonce,
et plus il joue sur l'effet de surprise.

Que faire, quand on se retrouve dans son ventre, comme le pauvre Jonas ?
L'éviter ? impossible !
Il est consubstantiel à notre aventure.
A l'aventure de notre espèce, et de notre petite histoire.

On peut faire comme le veut l'usage.
On peut plonger la tête dans le sable.
Se replier sur ses fonctions vitales ou chercher un coupable.
Un bon coupable teigneux et torve.
Ou mettre ça sur le dos de la société et du système.

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L'autre démarche est de s'ouvrir.
Et d'accueillir l'expérience pour la transformer.

S'ouvrir, en dépit de la fermeture et de la résistance
et du galop oppressant de toutes les émotions.
S'ouvrir en nageant dans l'autre sens.
Ouvrir la coquille intérieure.
Déplier les replis, détendre la contraction,
Lécher la plaie comme font les bètes.

Ouvrir inlassablement,
Et tenir dans la tempête, ployer, pleurer
mais tenir le cap, même lorsque la boussole
n'indique que la mort et le non sens.

Et avancer car c'est un chemin.
La tempête, la déflagration du présent
dans la douleur et l'angoisse,
sont un chemin à vivre.

En ouvrant les yeux nous réaliserons
que nous ne sommes pas seuls à cuire :
Les darfours, les maltraitances,
les tsunamis, les vieux grabataires encagés dans l'impuissance,
la course d'une mère et son enfant dans un champ miné...
Les abus et les cris, et les fureurs...
Les râles d'agonie du voisin de chambre.

On découvre alors l'autre versant.
La fraternité de ceux qui ont basculé...

Comme l'enfant jeté dans la léproserie nous ouvrirons les yeux
sur tous les nôtres.
On connaitra le panaris douloureux du monde,

On pourra sentir à vif la vivisection du réel.

.....................

On peut
ne pas s'arrêter là.

En allant encore plus loin,
en avançant un peu plus sur le chemin de braise,
on réalisera qu'il y a un passage.

On découvrira alors la ténébreuse lumière enfouie,
Lucifer oublié de nos mondes d'en haut.

Lumière luisante dans la nuit sans fond.

Et qui nous attend
pour faire un pas de plus vers la Remontée.

Des voix que nous reconnaitrons
nous inviterons alors à nous joindre
à la grande Cordée Supramentale.

08.04.2008

Relevons nos manches : yallah !

A chaque tourmente boursière, à chaque affolement des cours du pétrole nous avons droit aux commentaires de tous ceux qui attendent, souhaitent, espèrent la fin des temps.

Une fin bien catastrophique, une grillade générale pour bien nous décoiffer, une sacrée panne du système généralisée. J'ai quelques amis qui m'en parlent avec une certaine jubilation. Certains même s'y préparent en se payant des stages pour apprendre à manger des racines.

Mais voilà, le fameux chambardement espéré, la grande purification générale, prélude à l'avènement d'un nouveau monde, ne cesse de poser des lapins, de faire des pieds de nez et de donner des faux-rendez-vous !

Chaque fois, effectivement, le moteur du système-monde, après des chuintements alarmistes, des grincements inquiétants, après avoir suscité la fausse espérance de sa panne finale, reprend non seulement son mouvement insolent, mais ce roublard repart même de plus belle !

En laissant consternés, épuisés, déçus, dépités, toutes les cassandres et tous les prédicateurs obscurantistes.

Chaque fois que je croise un de ces charmants énergumènes je m'attache à le rassurer, quand cela est possible !
Car c'est difficile, tant ils sont attachés à leur catastrophe !

Certains me demandent : pourquoi cette foi dans ce monde pollué, manipulé, injuste, scandaleux, ravagé de tous les maux possibles, infecté par la nuisance humaine, bref en complète perdition ?

D'abord elle me vient de la certitude qu'une intelligence en croissance grandit et se déploie dans la texture fondamentale de notre réalité. Et que cette intelligence, dont la notre n'est qu'une composante, a besoin du monde et travaille dans tous ses aspects : économiques, sociaux, spirituels, matériels, virtuels, temporels, biologiques, à des échelles à la fois massives, nanoscopiques, moléculaires, collectives et individuelles...

Pour transformer tous ces composants, les brasser et en faire ce beurre de matière transcendantale et consciente dont parle le Mahabharata...

Mais certainement pas, pour jeter le paquet dans la poubelle du temps, comme nous inclinent à le penser nos réflexes de consommateurs anxieux.

Ensuite je suis marqué par la force et la volonté extraordinaire d'engagement de Mère et Sri Aurobindo pour transformer ce réel. Lorsqu'on voit les vidéos des Darshan de Mère, debout sur son balcon, pugnace, puissante, on comprend que l'histoire de notre espèce n'est pas si anodine.

On imagine mal aujourd'hui ce qu'ont pu représenter leur ralliement au combat contre le nazisme, et cet intérêt constant qu'il portaient à l'actualité et la géopolitique mondiale, vues dans toutes leurs dimensions, visibles et invisibles. N'en excluant aucun aspect.

Tous ceux qui restent de grands inspirateurs ont porté cet amour immodéré du monde et des autres. Ils ont consacré leur vie à rappeler à leurs contemporains le chantier formidable de la transformation des coeurs et des consciences.

Depuis quelques années mon expérience croissante de l'intelligence qui nous entoure, ne me permet plus de donner une once de crédit à tous les tristes sires, aux colporteurs d'annonces de catastrophes, aux promoteurs des ruptures paranoïaques, aux fanatiques et aux conspirationnistes de tous bords.

Ce qui s'annonce, c'est la fin de leur vision dualiste, et la fin des certitudes, mais pas la fin du monde.

La divine bataille est ici et maintenant.
Dans le quotidien et tous les pores du réel,
dans notre respiration par laquelle l'univers entier se respire
dans ce sang qui pulse un rythme millénaire
et dans lequel rythme se devinent et s'annoncent
les nouvelles épiphanies en devenir.

J'ouvre mon coeur et mon être à toutes les difficultés,
j'épouse la matière en mettant mes deux mains dans sa ruche
Je vais au-devant des miens et de tous avec l'allant du possible
et la vigueur que me donne ce soleil qui grandit en dedans.

Jubilons d'être au cotés d'Arjuna dans cet extraordinaire Kurukshétra !
Et relevons les manches !
Avec ce beau Yallah ! que Soeur Emmanuelle déclamait au milieu des chiffonniers du Caire.

29.03.2008

La trame est en tous

Pendant une quinzaine d'années de voyages sur cette planète, portant dans ma besace souvent légère les ouvrages de Sri Aurobindo et Satprem, je me suis plongé dans la matière femelle et pimentée du réel. A bien me raper la couenne contre la rugosité du monde.

Après tous ces ans et ces mois de voyages continus, de séjours dans des ashrams en Inde et des zaouias soufis d'Egypte et d'Afrique, après avoir passé des années à m'alléger de tout, à contempler, méditer, à caracoler en dromadaire avec mes amis touaregs du Niger. A fréquenter les bas-fonds, la vie nocturne des joueurs, des artistes, des aventuriers et des amies prostituées, j'ai décidé de rentrer en France. Ni désabusé, ni fatigué, ni blasé, mais formidablement motivé.

Il n'y avais plus pour moi de Nord et de Sud, de pays riches et de pays pauvres, d'occident coupable et de tiers monde victimisé. Mais bien un seul continuum-monde, maillé dans une histoire commune.

Je me souviens de certains soirs dans un campement touareg perdu dans la solitude du désert nigérien. Les étoiles à portée de main et l'air embaumé par les fumées caramélisées du thé vert cuisant sur un feu coincé entre trois pierres. Dans ce monde antédiluvien de roches, de sable et de canyons, loin de tout, avec quelques amis trafiquants, je réalisais pourtant ce que l'illusion de la géographie et du temps cachait si bien dans ce paysage et cet instant : tout est là, de tout temps, à chaque instant.

La ruche du monde bruisse de son omniprésence consciente en tous les points de sa trame. Les foules du métro de New-York, les passagers des ferrys du Havre, les rues glauques de Macao, et l'écume fraiche du rire de Paquita qui déhanche sa danse sur la plage de Copacabana, tout ça se tient dans le dé à coudre de cet instant. Sans oublier tous les services des urgences, et l'ambulance bourrée de bombes qui fonce vers le checkpoint à Gaza.

J'ai retrouvé cette impression avec de plus en plus de fréquence, chez les Awanas, peuple pêcheur du Ghana chez lequel je passais plusieurs mois d'une vie néolithique, casé dans une petite case, vivant au bord du fleuve, loin de tout, sans papier, sans argent. Là encore je me suis trouvé saisi par cette extraordinaire sensation du continuum-monde, de sa formidable unité, compacte, puissante, consciente. En tous ses points. Dans toutes mes fibres.

C'est une des raisons majeures qui m'a poussé à rentrer dans notre belle prairie hexagonale.

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Agir, faire, créer, produire, matérialiser, incarner... ces mots devenaient comme un mantra. C'est de cette énergie qu'est né, entre autres le Projet Savitri.

Car il y a aussi l'Orange Bleue.
Et dernièrement une convergence se dessine.

Depuis 6 années en effet nous travaillons à développer cette petite organisation de solidarité internationale qui oeuvre en Afrique de l'Ouest.

Nous avons réussi un tour de force : créer une filière de commerce équitable avec une céréale sacrée africaine, le fonio, et plusieurs centaines de paysans africains d'une région reculée du Burkina Faso. Cette céréale est en vente désormais dans les boutiques bio de France et de Belgique. Cette vente soutient des actions de restauration écologiques des terroirs, d'appui à la scolarisation des enfants, et permet de changer la vie de centaines de personnes et d'enfants.

Mais bon, cela ne serait que cela. Des initiatives il y en a beaucoup.
Et ce serait en soi très vertueux, puisque nous avons même le parrainage de Pierre Rabhi.
Mais était-ce là seulement notre but ?

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Et puis pourquoi en Afrique ? Je comptais retourner à Auroville après avoir effectué une formation professionnelle agricole...

J'ai progressivement compris cette ellipse, ce contournement. Auroville est partout. L'Afrique ne dois pas rester à la marge de l'émergence de la nouvelle conscience. Elle en est aussi un des épicentres.

Elle l'a été dans la préhistoire, car l'homme y est né et tous nos gènes nous renvoient à nos origines africaines. Le sillon de l'histoire et de la conscience universelle est passé par l'Egypte et dans les empires médiévaux africains qui ont apporté leur tribut méconnu à la civilisation universelle.

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Depuis quelques mois cette impression de convergence s'intensifie. Et nous travaillons à présent sur la base d'une approche et d'une méthodologie intégrative inspirée par Sri Aurobindo, et en phase avec différentes initiatives développées à Auroville avec les villages tamouls. Nous allons tirer ce fil depuis cette Afrique, et relier cette initiative à toutes celles qui champignonnent partout.

Car le chantier est partout. La trame est en tous. Elle passe aussi par l'Afrique. Nous avons posé ce premier jalon de conscience et d'aspiration, avec tous nos amis. Ce cercle, créé dans un petit village, autour d'un superbe karité, près de Nouna au Burkina faso, le matérialise.

Pour en savoir plus sur le projet, voir le site : www.fonio-bio.com

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Le cercle de la Fraternité, pôle énergétique autour d'un beau karité

18.03.2008

Un rêve sur Mère et le nouveau monde

Il y a quelques jours j'ai de nouveau rêvé de Mère.

Nous étions un groupe assez important dans une sorte de passage entre plusieurs mondes. Nous étions tous rassemblés dans une petite pièce suspendue dans l'espace infini. Une pièce blanche moirée de bleu dont les murs dégageaient une lumière très douce. Nous semblions tous très à l'aise et complices.

Il y avait deux ouvertures dans cette pièce. Une ouvrant directement dans l'espace vide constellé d'étoiles.
Et une autre qui donnait accès à un couloir dont on ne distinguait pas le bout.

Je me suis engagé dans le couloir. Pour réaliser en avançant que les murs étaient vivants. Comme si je me trouvais dans un énorme boyau !

Tout s'est mis à tourbillonner et un gigantesque personnage,
un être de pouvoir impressionnant - à mi-chemin entre le génie d'Aladin et
et l'avatar mi-homme mi-lion de Vishnou, le fameux Narasimhadev,
m'est apparu, poussant un énorme rire !

Il projette alors de ses mains un immense filet
d'où surgissent des paysages, des mondes, des foules affairées,
des villes illuminées...

- " Tu vois, me dit-il, je peux en faire apparaitre autant que je veux !"

Soudain son filet se projette dans ma direction.
Je sens un danger et une emprise, et m'enfuis en courant de toutes mes forces.
Ma course est échevelée, d'autant que je sens que le sol fuit sous mes pieds.
Je comprends qu'il maitrise même le sol sur lequel je cavale !

Enfin, miraculeusement - car là j'ai un blanc ! - je me retrouve dans la pièce avec notre petit groupe du début. Soulagé. Mais édifié de cette puissance extraordinaire et du pouvoir fantastique de ce personnage.
Je me souviens d'avoir utilisé alors le mot "fascinant".

Une petite dame d'un certain âge prenait soin de nous.
Elle nous appelait chacun notre tour, nous encourageait,
"exactement comme notre grand-mère" me dis-je alors.
Nous avions besoin d'encouragement en effet.
car nous devions passer par l'autre porte.
Et plonger dans l'infini.
Comme ça. Tout naturellement.

"C'est là qu'il faut aller, nous disait-elle. Il faut plonger dans le nouveau monde !
Cette porte, c'est l'expérience de Sri Aurobindo !"

J'ai plongé de tout mon coeur et de tout mon être !

Ce qui m'a réveillé !

.............

C'est un rêve que j'ai porté quelques jours avant de le partager tant je le trouve riche et émouvant.
Il m'a questionné et interpellé. Et s'est ravivé en moi à diverses reprises. Voilà !

17.03.2008

D'un seul tenant

Depuis quelques temps, je revis et découvre une inédite liberté.
Pas une illumination. Pas une gratification permanente.
Pas un plaisir que rien n'altèrerait.
Pas une expérience "reçue" d'en haut.

Non, c'est en fait une expérience d'en bas.
Ici, dans la chair odorante du quotidien.
Dans l'oignon farci du réel.

Je vis l'expérience universelle dans mon expérience modeste.
Qui s'étoile de sens et d'incertitude créatrice.

L'univers s'ouvre tous les jours dans la grenade fruitée du présent.
Je vois son ventre grossir de notre enfantement.
Qui se prépare minutieusement et simultanément en tous les points du monde.
Avec une puissance qui fait éclore à chaque instant des milliards de fleurs.
Et des hécatombes de souffrances.

Je vis une expérience qui me pousse toujours en avant.
En avant vers ce que je n'ose pas, que je ne connais pas.
Qui me pousse à entrer dans la forêt de mes peurs.
Des peurs inscrites dans mon corps.
Et qui me fait toucher la glaise matricielle
du vivant au sang chaud et pulsatile.

Qui m'impose avec bienveillance de regarder les durillons
que j'ai fabriqué pour me protéger de moi-même et des autres.

Une expérience évolutive continue, libre, autonome, créative.

Qui me permet de réaliser ceci :
Chaque fois que je suis en vérité avec moi-même, je fais un pas de plus pour le monde.
Chaque haine que je dépasse en dénoyautant ses causes et en assumant son histoire,
est un pas de plus pour le monde.
Chaque espace d'inconscience conquis sur mon quotidien, sans culpabilité ni dévalorisation de soi,
mais avec attention et sollicitude,
est un espace de conscience ajouté à la conscience du monde.
Chaque offrande d'amour sans objet et sans attente
devient un renfort pour la manifestation de Sa présence.

Voilà aussi comment mon regard s'est ouvert sur un monde que j'aime,
car je réalise que je l'ai épousé de toutes mes tripes en y advenant.

Je ne suis plus révolté, ni rebelle, ni ennemi de personne.

Je réalise que nous traversons un seuil de conscience qui implique le Réel entier d'un seul tenant.
Que tout le monde y est emporté, système et non système inclus.
Nature, technologie, science, esprit, spirituel, humain, matériel, artificiel, tout est maillé et tout communique pour nous dire ce qui advient.
Des geysers époustouflants de créativité et des milliards de nano-magnétites de conscience intelligente
s'engouffrent dans tous nos tuyaux.
Cervicaux, respiratoires, digestifs, économiques, scientifiques, industriels, dans ceux de nos gouvernances et de nos comportements.
Ils fabriquent sous nos yeux, dans la fournaise fumante du monde, les inédites théophanies du futur.
Un futur qui mijote dans toute la matérialité du monde
et dont le fumet appétissant nous fait inconsciemment saliver d'impatience !

Et cela se fait à chaque instant en nous et sous nos yeux.
Dans nos corps, et dans la rape du temps,
et dans la pelure minutieuse des secondes.

Comment ne pas vivre alors avec étonnement ?

J'ai marché sur la braise

Pendant des années j'ai porté mon coeur palpitant sur la main, avec une aspiration évolutive pugnace.

J'ai chanté mes mantras en rentrant du Lycée, avec le Carnet de Pèlerinage de Ramdas dans ma poche.
J'ai plongé dans la ferveur de Ramakrishna, en veillant certaines nuits avec lui au pieds de la grande Déesse.
Avec Evdokimov et Olivier Clément j'ai cherché le regard de lumière de Séraphin de Sarov.
J'ai baigné mon coeur dans la mer du Mathnavi de Rûmi.

Un tournant radical s'est amorcé quand j'ai marché sur la braise des livres de Satprem et plongé en apné dans l'Agenda de Mère.

J'en suis ressorti tellement retourné, encore adolescent, que je n'ai exercé aucune profession fixe, trop tendu vers les possibles et toutes les synchronicités. J'ai voyagé, comme un pèlerin, refusant toutes les drogues, tous "les avantages acquis", sur plusieurs continents pendant plus de vingt ans.

Oui, j'ai rencontré de beaux moments, uniques, estampillés de beauté sacrale.

Mais j'ai aussi rencontré le monde avec tous mes yeux ouverts.

Je me suis rencontré moi-même.
Mon double céleste bien sûr, dans mes rêves, dans mes méditations,
dans la dentelle quotidienne des synchronicités et des rencontres.

Mais j'ai aussi rencontré ce fameux égo, ce crocodile insubmersible,
toujours prêt à sauter sur le moindre poulet conflictuel !

J'ai découvert que l'on ne s'en débarrassait pas de l'égo sans prendre le risque de la haine de soi.

Que l'on ne s'en débarrassait pas avec les méditations de Kundalini d'Osho,
ni par les l'écoute des discours de Tolle,
ni par la lecture de Krishnamurti, ni par les enseignements de l'Advaita, du Zazen...
Ni par l'expérience de Mère ou de Satprem.
Ni par la prière, ni par l'illumination.

Car on ne peut pas faire l'économie de son histoire, de son épaisseur de vie,
de ses émotions et de ses fragilités.
Et il est dangereux pour soi et pour les autres d'ignorer que c'est dans ce creuset que l'on doit d'abord travailler, et jardiner nos êtres.

Avec l'amour de soi nécessaire, et que l'on a souvent tant de mal à se donner.

Il s'est trouvé que j'ai partagé du temps et "du service" avec certains gourous contemporains notoires.
J'ai trouvé en eux des experts à produire des disciples serviables.
Mais pas des pédagogues qui inciteraient les personnes à devenir des êtres matures, autonomes et évolués.

J'ai partagé des voies dévotionnelles et fréquenté des églises de plusieurs continents.
J'ai accepté de laisser le mental de coté, d'ouvrir complètement mon coeur, de croire au pouvoir de la prière.

Mais chaque fois j'ai été renvoyé avec force dans le filet du Réel.
Avec en face de moi, cet autre moi humanimal.
Vivant de tous ses naseaux, mal aimé, colérique, et présent comme une piqure de taon.

Je dois aux échecs relationnels d'avec mes ex-compagnes,
à mon histoire familiale et mon enfance douloureuse,
à des aspects de ma vie marqués par l'immaturité et l'irresponsabilité,
je dois à tout cela les enseignement les plus puissants et les plus lucides qui soient.

Sans se ré-habiter soi-même,
sans se réhabiliter en profondeur,
se reconnaitre et s'aimer,
sans procéder a l'attentif déminage de sa relation à soi et à l'autre,
dans la modestie du réel et du quotidien,
dans l'artisanat modeste de l'évidence et du bon sens,
on finit par se retrouver dans la dépendance et l'immaturité spirituelle.

On pense pouvoir court-circuiter le réel, et prendre des chemins buissonniers.
On devient en fait le jeu de tous les offreurs de bien-être.
On retourne à l'addiction du petit tourniquet des nouveautés et des réponses toutes faites:
channeliseurs,
promoteurs de l'amour universel,
recycleurs des thèmes théosophiques,
et ré-inventeurs de nouvelles méthodes...

Sans le labour de fond, sans retourner le sillon de son histoire,
en relevant les pierres cachées, en dégageant les obstacles un à un,
sans déraciner les vieilles souches qui obturent la voie,
on est condamner à retourner au tourniquet des nouveaux sauveurs.

Il faut, je le crois vraiment, un équilibre de lucidité et de présence,
et une modestie de coeur, pour être bien debout dans notre ingénuité vivante.
Et avancer dans la clairière des incertitudes et de l'inattendu
sans projeter nos visions et nos attentes.

C'est pourquoi je me suis réconcilier avec l'égo, ce bonhomme,
qui devient même généreux si on lui redonne son sens et sa vérité.
Il devient alors un serviteur.
Et notre être psychique peut s'asseoir sur l'épaule de ce brave et indispensable sherpa.
Pour avancer plus vite sur le chemin qui nous attend avec impatience.

05.03.2008

Vers la matière consciente...

Communiquer avec les plantes, cela n'étonne plus.

Mais vous imaginez-vous communiquer avec votre voiture ou votre ordinateur ?
Avec les formes matérielles de votre environnement ?
Nous le faisons souvent inconsciemment.
J'aime le faire consciemment.
Je le fais même délibérément, car je vis l'expérience
d'une porosité progressive des matériaux à la conscience.
Car si la Conscience est dans la matière,
et si la Conscience évolue dans la matière,
elle évolue dans tous les champs du monde matériel.

Notre pratique d'activation de la conscience doit s'élargir à tout notre environnement,
et pulser le mantra dans toute la matière en évolution qui nous entoure.
En embrassant, dans notre aspiration évolutive,
toute la trame vivante du monde dans toutes ses composantes, même celles que l'on dit "artificielles".

Sri Aurobindo formulait les bases de cette vision intégrative dans la "subjectivisation" croissante de la réalité
qu'il pose dans le Cycle Humain.
Il dessine également dans "The Divine Life" les lignes ascendantes du réel vers la Réalité Gnostique Unifiée.

L'assomption de la conscience est universelle et concerne tous les niveaux de la réalité : des virus adaptatifs à nos tissus cellulaires, des matériaux nouveaux aux mutations des mégapoles urbaines, de l'émergence des réalités augmentées à la contagion des hyper-individuations...Non seulement tout le champs du Réel est concerné, mais il l'est dans une dynamique de plus en plus convergente.

Il est curieux que ceux qui défendent la thèse d'un monde unifié et conscient excluent d'office les univers artificiels et technologiques. Qui n'ont d'artificiels que le nom puisque ce sont des technologies de "réplication créative" qui ergonomisent et adaptent sur le plan humain des processus souvent développés biologiquement par l'évolution.

La nature nous a offert des millions de modèles d'un génie créatif époustouflant, et notre travail consiste, en s'inspirant de ces trames, à créer de nouvelles modélisations conscientes, à générer des yantras technologiques capteurs d'une conscience en croissance. Ces nouvelles modélisations s'actualisent dans notre corps conscient et dans tout notre environnement dans un continuum unifié. Mère parlait de la plasticité nécessaire pour la nouvelle conscience. Cette plasticité est en train d'advenir par tous les pores du monde.

Depuis quelques années, on assiste à l'avènement tout à fait remarquable d'interfaces inédites et des possibilités d'interactions sensorielles extraordinaires avec ces matières évoluées que nous appelons les machines.

Prenons conscience que ces soi-disantes machines ont évolué. Des lourds brontosaures mécaniques à vapeurs nous sommes passés à des modélisations aérodynamiques fluides qui épousent nos ergonomies psychiques, avec de moins en moins de pollutions et de plus en plus d'intégration dans notre hyper-environnement.

Sans doute envisagerons-nous bientôt une écologie des nouveaux matériaux...Une méta-écologie de la conscience est à faire advenir !

Il est fort intéressant de constater que ces interactions psychosensorielles sont en incubation dans les jeunes cerveaux décomplexés des centaines de milliers de jeunes chercheurs des multinationales du divertissement et d'internet. Ces derniers vivent déjà dans une noosphère de créativité empathique et ludique, qui constitue le meilleur environnement pour l'éclosion des idées et de l'innovation.

Nous attendions la spiritualité du futur dans les ashrams et les centres spirituels.
Elle se développe partout, dans la friche pathétique de notre quotidien univers.

03.03.2008

Un cétacé de lumière

Le projet Savitri, comme un cétacé de lumière, a traversé nos êtres en surgissant des grands fonds du temps. Il nous a incité à ouvrir bien grands toutes nos fibres, tous nos capteurs intérieurs. Depuis que nous l'avons dis avec les mots émus de notre impatience, tout a bougé vers des clartés inattendues.

Grâce à Pascal, à Andrée, à Juana, à Michel, à Sandrine, à Christophe, à Xavier...et d'autres encore...nous entendons mieux le carillon de cette Divine Heure qui sonne en chacun de nous. En conjoignant le puzzle de nos aspirations complémentaires, en reliant le feu de nos quêtes, c'est l'Expérience qui peut battre son pouls enfin, au coeur de ce monde que nous habitons les yeux ouverts...

Nous ne pensons plus à un éco-village ou un lieu collectif, mais à un lieu d'intensification et de travail. Quelques-uns pourront animer cet endroit, consacré à l'activation évolutive, aux publications, aux rencontres régulières. Un lieu d'intensification disions-nous, mais aussi de reliance, d'échange et d'ouvertures. Avec Auroville, d'autres lieux, et ouvert à d'autres passeurs qui épaulent la Shakti dans son oeuvre d'Avènement.

Car c'est une coalition inédite qu'il faut fourbir, une rosace de diversité à faire éclore, libre et souveraine, à l'écoute de ce qui vient, sans se clore dans un super égo d'expérience, qui devient rapidement une inversion et une caricature.

C'est pourquoi Amis de la toile et du coeur, faisons en sorte de fréquenter cette Voie des Voies, toute solaire d'audaces souveraines, mais éclairée d'un amour humble, qui a toujours été celle des éclaireurs du Grand Sens.

24.02.2008

Du jardinier intérieur

J'ai rapidement compris la corrélation extraordinaire
entre l'art de jardiner
et la croissance intérieure.

La quête du Grand sens passe aussi par le bon sens.

Le jardin est un livre de symboles vivants,
riche d'enseignements savoureux et implacables.

C'est aussi un passage vers notre avènement supramental.
Une porte enchantée qui guette depuis longtemps notre devenir.
Depuis les vieilles cueilleuses ancestrales qui nous ont transmis les secrets.

On ne précipite pas un jardin, on l'apprivoise, on le fait advenir
comme le sculpteur fait apparaitre la forme contenue dans la glaise.

On fait corps avec la terre, on l'intériorise avec ses caillasses et ses bosses.
On se moule contre son corps noueux. Mieux, on se l'incorpore.

Ses manques en nutriments essentiels
nous rappellent à nos vrais besoins.
En sels primordiaux et salvifiques.

Son excès d'argile nous prévient des émotions collagènes.
Celles qui nous embourbent dans des mêlées confuses et affamées.
Et nous collent aux pieds. Dans la vase confuse des sentiments accapareurs.

Son manque d'humus nous incite à emboucher la vie d'un baiser fervent.
A nous reconnaitre vivants dans la tignasse du temps.

On ne rejette plus nos déchets émotionnels sur les autres
mais on les intègre dans notre compostière.

Que l'on retourne de temps en temps pour en activer sainement les ferments.

On revient souvent planter la fourche dans le ventre humide
de la pourriture. On sent petit à petit advenir un fumet d'insectes
et de lombrics. Et l'on assiste médusé à l'avènement
d'une terre noiraude et utérine.
On hume sans dégout nos odorantes métamorphoses .

On étale son humus dans le jardin comme une promesse
à tous les ensemencements.
On entend les marées lunaires qui chuchotent dans les racines.
On brame même avec les cervidés qui se cabrent dans les solstices

On étoile à la main des semis.
On aimerait porter chaque graine sur notre dos, comme les fourmis.
On accompagne le semis des mantras salvateurs,
on invoque les grandes déesses fécondes,
nos originelles mères.

Puis on pousse avec les pousses
On accompagne les petits coups de reins des cotylédons.
On comprends que le temps les modèle dans la giration chlorophyllienne.
On comprends que le temps s'épouse lentement,
qu'il est maitre du dénouement et des commencements.
Et qu'il faut rouler avec lui dans ses anneaux opalescents.

On comprends que l'on ne peux pas économiser le temps.
Celui de l'enfance, des parents, des aîeux,
que l'on ne peux pas mépriser nos blessures.
Qu'il faut jardiner notre jardin d'enfance
et panser nos douleurs et nos saignements.
La pousse est lente avant la maturité.
Les orages, les grêles, les sècheresses
nous rappellent à nos terriennes rigueurs.

A suivre